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Le Pays derrière les yeux

Dans une récente anthologie sur les mille et une définitions de l’écriture poétique, La Poésie, c’est autre chose, il donna la parole à une multitude d’écrivains de tous horizons. Gérard Pfister la reprend lui-même ici, dans Le Pays derrière les yeux.
 
Une sorte de monologue dépouillé à l’extrême, où le poète interroge la nuit, sur les grandes questions existentielles un njour résumées par Paul Gauguin : « D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? ». Car la nuit est bien ici le point de départ et d’ancrage de toute une méditation, cette « nuit éclatante / et toujours invisible » que l’on ne cesse d’interroger en même temps que l’auteur – et le récitatif devient alors un dialogue ininterrompu.
Et c’est l’enfance d’abord qui « boit / lentement / le lait du souvenir ». Puis la beauté, la mère, la terre et la source, le temple et le silence – mais toujours en symbiose avec la nuit, « pur noyau / de silence » et force du souvenir en nous : « nuit / mon enfance / couronnée de lierre / que sais-tu / de l’extase / l’effroi / les cœurs pleins de poussière / nuit / mon enfance / aux longs sommeils ». 

Une litanie de vers très courts, sans majuscules ni ponctuation, si ce n’est un modeste astérisque entre deux versets, pour une quête de vie spirituelle à partir du leitmotiv prégnant de cette nuit que nous portons tous en nous, comme un puits, une patrie, comme la flamme noire d’une « secrète énergie ». 

Langue claire, elliptique – la poésie de Gérard Pfister nous entraîne en un examen de conscience si nécessaire en nos temps troublés. L’intériorité est là, fugace mais palpable, qui nous prend dans fa musique des mots, les silences aussi bien que les éclats de lucidité et de lumière : « quelque chose / appelle / derrière mes yeux / une vague / présence / un regard / plus sombre / que la nuit ».

À la nuit et à son puits d’un noir insondable, le poète oppose la clarté de ses questions, là détermination et l’harmonie de son chant, la complicité du lecteur ravi de découvrir en ce Pays derrière les yeux un bonheur de lecture qu’il croyait disparu.