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Le passé en souffrance

 Trois récits composent cette Lune noircie qui évoque des destins tourmentés, proches de la perpétuelle souffrance. En ouverture, La Lune noircie nous présente Jonathan, garçon qui ne trouve pas sa place dans la société et ce, dès sa naissance. D’errance en rejet, Jonathan appréhende le monde dans ce qu’il peut avoir de dur et d’ingrat. De quoi façonner un caractère et un destin, faire perdre les repères les plus élémentaires. La présence d’une grand-mère attachante ne pourra rien y changer et la vie alcoolisée d’une tante désirable achèvera de bousculer tout cela.
  « Il se laissait porter par les jours et les événements sans avoir la force de les pousser dans une direction déterminée » (page 21).
 Destin étrange, triste et en même temps empli d’un espoir fort, celui de voir ce jeune homme s’en sortir.
Un espoir fou qui berce également le second récit, Lève-toi et marche, vibrant hommage à René Koltz, mari de l’auteur, décédé des suites des tortures infligées par les nazis.
  « Chaque jour augmente l’épaisseur du temps. La solitude crée en moi des sensations déroutantes. L’esprit traqué par la peur s’évade dans le passé. Je ressuscite R. constamment et l’emporte dans mes périples à travers le temps » (page 57).
 Son épouse s’accroche à un fragment de vie, un soupir, un fantôme qu’elle ne lâchera jamais et qu’elle emporte avec elle vers L’Irlande, terre du renouveau après avoir été l’écrin du deuil et de la consolation. Mais peut-on un jour oublier et repartir ? Les fantômes ne sont-ils pas faits pour être éternels ?
  « La pluie verticale ne m’atteint plus » (page 88)
 L’écriture d’Anise Koltz est superbe, tellement humaine, forte et fragile à la fois. Je me suis laissée submerger par ses lignes, cet amour qui émane de sa plume, en particulier lorsqu’elle fait face à l’adversité. Cet ouvrage qui saisit la douleur à pleines mains et, paradoxalement, ça fait du bien.