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Le Mariage du Ciel et de l’Enfer

 Au fil des années, il arrive que l’on s’éloigne de certaines œuvres et des lectures anciennes. J’avais rencontré William Blake lors de mes études de littérature comparée. Et puis, le souvenir d’une traduction ampoulée, trop académique sans doute, m’en avait détaché. Est-ce la version fraîche et entraînante, proposée par Alain Suied, qui donne une nouvelle vigueur à ces pages ? Il est bien connu que les meilleures traductions d’œuvres poétiques naissent du travail inspiré de quelques poètes...
 À côté du titre célèbre cité en introduction, nous avons pour la première fois en un volume Le Livre de Thel, suivi de l’Évangile éternel. Cet ensemble tripartite, en sa cohérence, éclaire mieux la démarche de Blake, qui apparaît comme un poète révolutionnaire : non seulement il va réécrire la Bible, mais aussi les Évangiles ! On sait, bien entendu, que les commentaires de cette œuvre aussi bien écrite que graphique sont innombrables, voire contradictoires. Ceux d’Alain Suied, qui a traduit d’autres textes de Blake depuis 1992 chez Arfuyen, entourent ici ces grands poèmes avec une rare pertinence, et une érudition qui séduit aussitôt. Il souligne à quel point les Chants et les Livres ouvrent la voie de la modernité, et que Blake n’est pas seulement le poète du Mal, comme l’affirme Bataille. À partir du Mariage du Ciel et de l’Enfer, le traducteur nous livre cette intéressante formule : « La poésie est toujours un Mariage du Ciel indéchiffrable et de l’Enfer de la condition humaine. »
 Non, Blake n’est pas simplement un « Messie négatif », mais un grand inspiré, dont les pages classiques et toujours nouvelles attestent le pouvoir visionnaire. Ainsi, dans l’Évangile éternel, lorsque Dieu répond à Jésus : « Tu es un homme : Dieu n’est pas plus, / Apprends à vénérer ta propre humanité / Car ceci est mon Esprit de Vie. » À quoi l’on peut rapporter l’une des conclusions énoncées par Alain Suied : « Le poète, seul, peut vouloir réinventer la relation à Dieu. »