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Le Mariage du Ciel et de l’Enfer

 William Blake écrit Le Mariage du Ciel et de l’Enfer à l’époque où il s’installe à Lambeth, au sud de la Tamise, c’est-à-dire au début des années 1790. Ce titre est ouvertement une allusion au livre du philosophe Swedenborg, Ciel et Enfer, pour signifier son complet désaccord : pour lui, la Terre ne peut se libérer du mal (comme c’est d’ailleurs le cas dans le christianisme), mais l’Énergie, la « joie éternelle » de l’homme, permettra de s’y opposer. C’est dans cette opposition constante, dans cette dialectique, que naît l’expérience, la clef de voûte de l’histoire morale de l’homme.
 À l’exemple de la Commedia de Dante, ce livre commence par un voyage aux Enfers, mais sans le moindre guide et de manière plus aléatoire. De plus, les proverbes qu’on y enseigne sont pleins de sagesse. C’est en somme un lieu paradoxal. Le héros de cette aventure dialogue avec Isaïe et Ézéchiel, visite une imprimerie infernale, débat avec un ange et puis avec un démon. Et l’oeuvre s’achève par un chant de liberté qui fait l’éloge de la Révolution française et s’adresse au peuple juif : « Juif, cesse de compter ton or. Retourne à ton huile et à ton vin. »
 Ce volume comprend aussi Le Livre de Thel, composée plus tôt et le plus tardif Évangile éternel (1818) qui est d’abord une méditation originale sur le Christ. La curiosité de cet ouvrage est de marquer une rupture entre Élohim, le Dieu de la création, et Yaweh, le Dieu de l’éthique. Selon Alain Suied, Blake aspire à une fusion d’Élohim et du Christ dans une synthèse risquée, mais qui devrait assurer le salut de l’humanité. Cette nouvelle traduction dépasse-t-elle celle de Pierre Leyris ? Peut-être pas. Mais elle a en tout cas le mérite d’être plus tranchée, plus précise et d’une indéniable fidélité à l’étrange projet de l’artiste et du poète.