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Le Manuel du Pèlerin

Les éditions Arfuyen, qui avaient déjà publié en 2008 deux volumes d’œuvres du célèbre prédicateur alsacien Jean Geiler de Kaysersberg (1446-1510), l’un de sermons et l’autre de petits entretiens, récidive à l’occasion du cinquième centenaire de sa mort en nous offrant Le Manuel du pèlerin.

Dans sa préface, François Rapp rappelle la tradition gersonienne des écrits sur le pèlerinage, l’histoire des indulgences plénières romaines et de leur décentralisation (sans oublier les raisons financières de celle-ci), l’annonce du jubilé de 1500 – dix-sept ans seulement avant l’affichage de Luther ! – qui incita Geiler à donner une série de prédications destinées à la fois à ceux qui allaient prendre la route et à ceux qui s’en tiendraient au pèlerinage en esprit (en suivant l’allégorie, parfois un peu laborieuse, des péripéties du voyage).

Publiés en 1512 en allemand, en 1513 en latin, ces sermons ne nous parviennent chacun que comme une reportatio mise en forme. Ainsi pouvons-nous lire dans le présent volume de larges extraits de vingt-cinq sermons, avec des résumés des sermons les plus raccourcis. Ils ont été traduits de la version latine procurée par le secrétaire de Geiler, Jacques Other. Ils répondent bien à leur exergue : « L’année du jubilé, tous rentreront dans leur patrimoine » (Lv 25,13). Or ce patrimoine, « C’est le Seigneur, notre vrai bonheur ». L’accent porte sur l’intériorisation des pratiques pénitentielles mais non sans un réel souci de la justice.

Le texte est savoureux, riche en exemples empruntés à la vie courante et en conseils sensés, pratiques et spirituels, de la meilleure veine alsacienne, moins vif cependant que ceux que nous lisions il y a deux ans. Tout de même, les chapitres 33 sur les ânes et 36 sur les chiens sont bien plaisants. Sur la question des indulgences et donc aussi sur celle du purgatoire, il adopte une position moyenne : la doctrine officielle, qu’il fonde sur la communion des saints, plutôt que les réticences des théologiens, mais avec une note de modération et de critique de certains abus.