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Le long d’un amour

 François Cheng nous est devenu familier par ses ouvrages sur la calligraphie et plus anciennement par ses études sur l’essence de l’art en Chine. Mais, dans son ensemble, son oeuvre de poète reste à découvrir.
 Le Long d’un amour est le second recueil de l’auteur publié par les éditions Arfuyen, toujours sobres et soignées. François Cheng y convie le lecteur à une méditation sur l’amour humain, de ses gestes les plus simples jusqu’à la fine pointe de son rayonnement spirituel. L’intonation légère ne s’encombre d’aucun apprêt. 
 L’offrande du visage rappelle parfois les belles pages de Lévinas : « Derrière les yeux le mystère / D’où infiniment advient la beauté. » Plus loin, les accents taoïstes l’emportent :« Ce qui peut se dire / ne se dira pas / Ce qui ne le peut / sera dit sans cesse. » Le souffle de l’amour anime la chair et porte le verbe à ses lèvres : « Sois sève plus que le vent bruissante / Laisse tout le dicible sourdre en toi. » Son mouvement rompt clôture et finitude car « aimer, c’est être / en avant de soi ». Ces quelques exemples dévoilent un penchant pour l’aphorisme, une sensibilité qui tire de chaque détail un inlassable enseignement.
 Méditation est bien le mot qui serre au plus près la poésie de Cheng. Proche, simple, aussi légère que la buée sur une coupe rafraîchissante, elle est peu inventive dans sa recherche formelle et n’évite pas toujours la facilité d’images éthérées ou sucrées. Sur un thème aussi difficile que l’amour, Cheng dessine néanmoins un méandre nouveau au fleuve qui nous traverse, « une barque douce à ramer... »