Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Le long d’un amour

 François Cheng, parmi les diverses formes d’écriture qu’il pratique, a déjà publié plusieurs recueils de poésie. Il nous en propose un nouveau, Le Long d’un amour, qui s’inscrit d’une manière neuve dans les orientations habituelles de l’écrivain : poésie chinoise et poésie occidentale, donc médiation ; inspirations taoïstes, bouddhistes et chrétiennes confrontées quant aux formes littéraires et à l’expérience spirituelle, sans aucun syncrétisme.
 Les poèmes de la première section peuvent être lus comme naissant d’un eros pudique et nourri de toutes parts par une communion avec les éléments du monde, mais aussi et peut-être surtout comme issus d’une expérience de foi et de rencontre que l’on pourrait dire, en un sens large, mystique. Dans les deuxième et troisième sections, l’on trouve un ensemble moins unifié de poèmes prolongeant le mouvement de la première et l’étoffant, surtout autour de la représentation d’une perte et de retrouvailles. Avec les sections IV et V, on note un changement de ton qui se fait plus méditatif, plus accordé aux heures du ,jour et aux saisons, tout en demeurant dans l’accueil du don et l’offrande d’une gratitude face à « l’Inespéré ». Peut-être faut-il dire que les sections VI et VII mêlent les deux veines précédentes.
 À relire l’ensemble, l’épigraphe du livre revient en mémoire comme donnant une clé de lecture essentielle :
  Un seul regard reprend tous les regards, 
 Un seul mot libère tous les échos 
 Un seul geste rompt l’unique fièvre 
 Un seul geste rouvre toutes les veines

 Nul sang n’est perdu nulle chair vaine,
 car il indique la valeur infinie, universelle d’une seule existence, n’importe laquelle, vécue de façon ,juste, accordée. Rien n’est perdu. Expérience ? Espoir contre tout espoir ? Confiance faite au « visage unique » des premiers poèmes, expression qui ne se réfère sans doute pas seulement au caractère unique pour chacun d’un visage aimé, car il est aussi « présence/absence », « Proche inaccessible », « Source cachée » qui chante et qui tait le secret.