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Le Livre du double hiver

 On sent de recueil en recueil la sensibilité du poète Didier Ayres gagner en maturité, en finesse et en personnalité. Après Nous (William Blake and co) et Comme un jour accompli (Arfuyen), voici chez ce même éditeur,un opus plus volumineux qui confirme une ,nature à l’inspiration mystique déployant davantage de formes, de visions et de respirations. C’est la richesse de Didier Ayres auquel on reprochera peut-être quelques formules trop empreintes de philosophie, qui font perdre de la spontanéité à son écriture, comme s’il avait encore besoin d’une certaine sécurité et n’avançait pas encore totalement nu dans ses « inventions » (le titre du livre, « vin obscur de ce néant », « dans le mitan de solitude », pour citer trois exemples que j’exprime ici avec la plus grande nuance).
 Le Livre du double hiver rassemble stances, odes brèves, chuchotements et écriture aphoristique. Aucun aspect sentencieux : Didier Ayres fait l’expérience sincère d’un émerveillement qui le rapproche des mystiques flamands, de poètes comme Rilke, Novalis et, plus près de nous, Guez Ricord ou Jean-Pierre Duprey : bref, des grands. Avec un émerveillement et, surtout, un amour dont ce poète fait preuve dans son approche du monde et dont il est à la fois l’objet et La victime.
 Si une vérité agit ici, c’est celle d’une authentique souffrance : « Ton visage est notre feuillée / amoureux en quoi ton visage / tu es inétudiée au regard / laisse-moi attraper l’esprit / fille de dimanche », ou : « L’abîme de cette chose / comme amour à La robe / je tremble à ce passage ». À ces épisodes brefs d’une passion du monde se mêlent d’autres élans, comme ce début enivrant de poème : « J’ai besoin de cette fleur brûlante / un soleil gisant au-dedans de mon esprit / Je suis bercé comme un cheval d’or qui tombe au milieu des fleurs éternelles de cette inquiétude / je meurs donc deux fois / penché au seuil d’ombre / j’avais grande nudité / je prenais là la barque d’origine [...] ».
 Ne cesse de respirer dans ces pages une sensualité que le monde consent de partager avec celui que le poème a élu : « Été oiseau brûlant/et encore de hautes herbes rouges / rossignol été de la chambre / dans la nue demeure / comme enfant de la demeure / jeune aimée de l’âme d’aimer / abeille au milieu de l’amoureux. »