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Rulman MERSWIN

Le Livre des neuf rochers

PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE 2010
Traduit du moyen haut-allemand et présenté
par Jean Moncelon et Éliane Bouchery
Préface de Francis Rapp

Collection Les Carnets spirituels
n°77, ISBN 978-2-845-90158-2

16 €

Le Strasbourgeois Rulman Merswin, disciple direct et ami du grand théologien dominicain Jean Tauler, est l’un des fondateurs du mouvement des Amis de Dieu. Il a laissé une œuvre de grande étendue et de vaste rayonnement. Son texte majeur, ici traduit, a joui d’une telle estime qu’il a été publié sous le nom d’Henri Suso lui-même. Quant à son autre grand ouvrage, le Livre du Maître (le Meisterbuch), il a longtemps été considéré comme l’exacte biographie de Jean Tauler…

Malgré leur importance de premier ordre, bien que plusieurs de leurs manuscrits oient conservés à la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, les textes de Rulman Merswin sont encore tous aujourd’hui inaccessible en français. Le présent ouvrage, ainsi que celui de l’Ami de Dieu de l’Oberland, ont été couronnés par le Prix Nathan Katz du Patrimoine 2010.

Le Livre des neuf rochers comporte cinq parties : un Prologue, une introduction aux circonstances de la vision des neuf rochers (1ère partie), une présentation du paysage montré dans cette vision (2° partie), une présentation des différentes catégories de la société (3° partie), une description des neuf rochers comme degrés vers sur la voie qui mène vers l’Origine (4° partie), enfin une vision de l’Origine qui est le retour à Dieu (5° partie).

Si le début de l’ouvrage ne peut manquer de faire penser au Dante Alighieri de la Divine Comédie, cette dernière partie est évidemment la plus eckhartienne. L’entrée dans l’Origine survient de manière mystérieuse : « ‘‘Ô mon doux Ami, fais de moi, homme pécheur, ce que Tu veux, aujourd’hui et pour l’éternité.’’ Par ces mots, l’homme soumit sa volonté à celle de Dieu et, au même instant, la porte de l’Origine s’ouvrit pour lui. Il lui fut donné alors de regarder dans l’Origine. Cependant la vision ne lui sembla durer qu’un instant. […] Lorsqu’il revint à lui, il ressentit une telle lumière et une telle joie intérieure, et cette joie était si démesurée que sa nature en débordait. Il en fut terrifié, et cette joie surabondante le rendit malade. L’homme s’assit et pensa : ‘‘Où étais-tu donc ? Quel était ce prodige auquel tu as assisté et qui a comblé ton âme et ton corps de cette joie débordante ?’’ »

Et la vision cesse de manière tout aussi mystérieuse : « Quand tous ces prodiges furent revenus à la mémoire de l’homme et qu’il en eut terminé avec ce livre, Dieu lui reprit tous les dons extraordinaires qu’il avait reçus et Il le rendit aussi pauvre que s’il n’avait jamais rien reçu de Dieu. […] Ce livre fut commencé durant le Carême de l’année mille trois cent cinquante-deux après la naissance du Christ. […] Personne n’est en droit de demander – et il ne doit pas le demander – qui est l’homme par qui Dieu a écrit ce livre, car cet homme met sa confiance en la bonté divine qui fera que nul ne connaîtra son identité tant qu’il sera en vie. […] Que la puissance du Père, la sagesse du Fils et l’amour du Saint-Esprit nous aident à réformer nos vies à la faveur de cet avertissement ! Amen. […] Et faites mémoire en Dieu de la pauvre créature par qui cet avertissement divin est venu aux hommes. »