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Der Gottesfreund im Oberland, ou
 L’AMI DE DIEU DE L’OBERLAND

Le Livre des cinq hommes

PRIX NATHAN KATZ DU PATRIMOINE 2010
Traduit du moyen haut-allemand et présenté
par Jean Moncelon et Éliane Bouchery

Collection Les Carnets spirituels
n°78, ISBN 978-2-845-90161-2

10 €

Si Rulman Merswin est avec Tauler l’un des fondateurs du mouvement des Amis de Dieu, l’« Ami de Dieu de l’Oberland » en est l’inspirateur. Car Merswin lui-même se place sous sa direction spirituelle et va jusqu’à attribuer à ce mystérieux ermite la « conversion » du célèbre théologien dominicain Jean Tauler.

Rappelons que si la mystique rhéno-flamande, illustrée par les noms de Maître Eckhart (1260-1328), Jean Tauler (1300-1361), Henri Suso (1295-1366) et Jean de Ruysbroeck (1293-1381), constitue un des moments forts de la culture européenne. Beaucoup moins connu, le mouvement des Amis de Dieu est lui aussi de première importance.

Le projet des Éditions Arfuyen sur ce mouvement s’articule en trois ouvrages de référence : Le Livre des Amis de Dieu ou les Institutions divines, de Jean Tauler, avec une préface de Rémy Vallejo (janvier 2011) ; Le Livre des neuf rochers, de Rulman Merswin, traduit du moyen haut-allemand et présenté par Jean Moncelon et Éliane Bouchery, avec une préface de Francis Rapp (février 2011) enfin Le Livre des cinq hommes, traduit du moyen haut-allemand et présenté par les mêmes (mars 2011). Le présent ouvrage, ainsi que celui de Merswin paru en février, ont été couronnés par le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2010.

Le Livre des cinq hommes (1377) présente les cinq ermites qui ont fondé la communauté de l’Oberland, mais aussi, non sans humour, leur cuisinier (Conrad) et leur messager (Ruprecht) ! Parmi les ermites : un juif converti (Abraham), un homme de loi et un bourgeois marié dont on nous raconte les difficultés qu’il a rencontrées pour obtenir de sa femme l’autorisation de se retirer dans la montagne… L’Ami de Dieu de l’Oberland termine son texte en se présentant lui-même, avec beaucoup de simplicité. Il ne s’agit donc pas d’un traité spirituel, mais d’une présentation très concrète d’un ermitage et de ses membres.

Cet Ami de Dieu de l’Oberland est d’autant plus énigmatique et fascinant qu’on ne lui voit guère d’équivalent dans l’histoire culturelle occidentale. À qui comparer ce laïc anonyme au très large rayonnement, interlocuteur de personnalités importantes de son temps (notamment le pape auquel il rend visite), fondateur d’un ermitage réputé, auteurs de plusieurs textes autobiographiques sur cette aventure collective mais également de divers traités et épîtres ?

Rien d’étonnant si, malgré ce que nous savons de lui à travers les manuscrits aujourd’hui encore conservés, la réalité de son existence historique a été remise en cause par certains. Pourtant la langue dans laquelle il écrit est très différente du dialecte strasbourgeois de Merswin et sa pensée elle aussi très distincte. Par ailleurs, peut-on imaginer Merswin inventer de toutes pièces la biographie de cet ermite et de ses compagnons ? Il serait alors un génie : l’inventeur, en plein XIV° s., du genre romanesque !