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Le Livre des Amis de Dieu ou Les Institutions divines

 Le présent volume propose la version française des Institutions divines éditées par le chartreux colonais Surius en 1548 sur la base de l’édition par Pierre de Nimègue (probablement Pierre Canisius) à Cologne en 1543. La traduction du latin original en est due au Père E.-P. Noël, dominicain, parue en huit tomes à Paris en 1911-1913.
 L’ouvrage est ici attribué à Tauler malgré l’avertissement de Surius qu’il n’est pas dû au prêcheur strasbourgeois (cf. A. Devaux, DS, XIV, 1326). Toutefois les réputés Sermons taulériens en ont été une notable inspiratrice, principalement avec leur thème théologique du Fils de Dieu Verbe divin Créateur et Rédempteur venant par grâce habiter en l’âme du chrétien. Il s’agit d’un vaste recueil des multiples écrits de divers auteurs des XIV°-XVI° siècles. Comme l’expose la préface, ce sont des extraits d’ouvrages de spiritualité chrétienne (Maître Eckhart, Suso, Ruuysbroeck, Thomas A. Kempis (l’Imitation de Jésus-Christ), Nicolas Eschius, ici ou là de Sirius lui-même, et d’opuscules anonymes remarqués – ainsi La Perle évangélique – qui tous ressortent de la spiritualité rhéno-flamande). Une Note bibliographique assure page 279, que le présent ouvrage reprend « la traduction intégrale des Institutions de Jean Tauler » mais sans préciser les sélections opérées dans l’édition Noël.
 La préface avertit utilement que le terme de Surius Institutions signifie enseignements, leçons doctrinales, et rappelle que ces Institutions divines ont connu plusieurs éditions latines traduites en français, en italien, en espagnol qui ont été source pour la spiritualité traditionnelle du Carmel espagnol (Thérèse d’Avila, Jean de la Croix), pour l’École française de spiritualité (Bérulle), et en Allemagne pour le courant illuministe (Silésius). Sur quelques points théoriques importants, quelques notes utiles du traducteur sont reprises, ainsi à propos du thème eckhartien de gelassenheit, traduit tantôt par renoncement, abandon, tantôt par résignation, ce qui, restant de sens négatif, voile le sens positif echartien de libération des limites de la subjectivité individuelle en vue d’accueillir la suprême vérité révélée par le Christ Verbe divin fait homme. Ces Institutions manifestent les grandes exigences doctrinales fondant la foi chrétienne chez ces fidèles fervents des XIV°-XVI° siècles traversés de multiples troubles avant la Réforme et ses débuts.
 Remarquons, à propos du chapitre 34 intitulé Que nous devons toujours chercher Dieu présent en notre âme évoquant un sermon de Tauler sur l’essence divine du Verbe divin se constituant par grâce hôte de l’âme intelligents du chrétien ami de Dieu pour le promouvoir à la connaissance directe du Dieu vivant, contrairement ce que dit la préface, ce n’est là pas simple reprise de la thèse néoplatonicienne de l’Un transcendant, mais de la haute doctrine de la grâce enseignée par Thomas d’Aquin et Maître Eckart et fondée sur l’Évangile de Jean (14, 23).
 La notice bibliographique rappelle opportunément, pages 279ss., que le Sermon authentiques de Tauler ont été réédités en traduction française Hugueny-Théry-Corin en 1991 (Cerf) et que sur la mystique rhéno-flamande les ouvrages compétents sont ceux de Jean Orcibal, Saint Jean de la Croix et les mystiques rhéno-flamands ( Paris, 1994) et de Louis Cognet, Introduction aux mystiques rhéno-flamands (Paris 1994).