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Le Livre de la Théologie mystique

Le Livre de la Théologie mystique est présenté ici dans la traduction de Louis Chardon, inséré dans son ouvrage La Croix de Jésus où les plus belles vérités de la théologie mystique et de la grâce sanctifiante sont établies, ouvrage paru en 1647 (et réédité par François Florand aux éditions du Cerf en 1937)... Il est précédé des commentaires qu’en donne Louis Chardon et qui témoignent de l’importance de Denys l’Aréopagite dans le renouveau de la spiritualité catholique au XVIIe siècle.

Quant à Denys lui-même, ses meilleurs commentateurs, tel Maurice de Gandillac, se refusent à formuler autre chose que des hypothèses sur sa personne et son siècle. Une seule chose est sûre : il n’est pas cet Athénien converti par le discours de Paul devant l’Aréopage ( Actes ch.17,v. 33-34). Comme l’influence du néo-platonicien Proclus est indiscutable et que les premières citations de ses textes apparaissent au VIe siècle, on s’accorderait pour le situer à cette époque. Son influence ne cessera pas alors de se démentir, en Occident beaucoup plus qu’en Orient, et c’est la tradition des Pères grecs qui passera à travers lui. Qu’il s’agisse de saint Jean de la Croix, de Maître Eckhart ou de Bérulle, il est toujours cité comme l’autorité ultime en matière de théologie mystique.

Louis Chardon souligne le caractère paradoxal de ses formules essentielles « sagesse folle, science ignorante, connaissance aveugle, lumière ténébreuse », ce que les mystiques appellent « non opérer, pâtir, être agi, quiétude, paix, repos, évanouissement d’images ». L’esprit, en cet état, « ne fait plus d’expérience d’être que pour respirer, vivre et mourir en l’amour, de l’amour et à l’amour », ajoute-t-il dans une langue qui contraste avec celle de Denys l’Aréopagite plus sobre et dépouillée. On pourrait qualifier sa théologie de « théologie négative » si lui-même ne jugeait nécessaire d’aller au-delà « nous devons louer cette première Cause comme surexcédant toute attribution et toute soustraction et comme surpassant tout établissement et toute destruction ou distraction » (p.59).

Il recourt à l’exemple de Moïse pour évoquer les degrés par où passe l’âme jusqu’à se glisser « dans ce mystique brouillard ténébreux d’ignorance... Dès ce moment qu’il ne connaît plus rien, il est élevé au-dessus de son entendement en connaissant au-delà de sa connaissance » (p.63). On trouve chez lui des formules audacieuses sur cette Cause de toutes choses qui est Dieu : « Elle n’est ni paternité ni filiation... Elle n’est pas lumière, ténèbres, erreur, vérité. » Son commentateur du XVIIe siècle éprouve le besoin d’ajouter prudemment que, lorsque l’on parvient à ce stade de la théologie mystique (le plus difficile et le plus combattu), on doit se régler sur les principes de la théologie scolastique « afin d’éviter toute sorte de tromperie » !