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Le Hameau des roseaux

 Né en 1912, d’une famille de bourgeoisie vietnamienne catholique de longue date, Han Mac Tu a été très tôt préoccupé par la poésie et assez vite reconnu (Poèmes classiques) ; il travaille au cadastre, vit un amour sans espoir d’aboutissement, puis devient un temps journaliste à Saïgon. En 1936, il publie son premier recueil, La Jeune Fille du village, tandis qu’apparaissent des prodromes de lèpre qu’il ignore et veut ignorer. Il vit en province auprès de sa mère ; nouvel amour et nouvelle déception ; évidence de la maladie. En naît un recueil très différent : La Douleur d’aimer. Il s’isole, s’enferme, connaît un essor religieux (Le Printemps idéal) ; il est soutenu pendant cette période par des proches et une jeune femme poète ; il rêve à d’autres amours ; un dernier ensemble de poèmes, apaisés (Harmonie suprême) précède sa mort à la fin de 1940 à la léproserie de Qui Hoà.
 On nous propose ici en édition bilingue la première traduction française en volume de ses poèmes, un choix assez large semble-t-il. Annoncée par le poème classique « L’âme du chrysanthème », c’est dans le recueil La Jeune Fille du village que l’on entend la voix propre, pleine de charme, du poète. Il s’agit d’un amour juvénile, chaste – très discrètement sensuel –voué à l’échec et au regret, qui demeurera toujours, sous des développements plus violents ou plus complexes, à l’arrière-plan de son imagination.
 Le recueil La Douleur d’aimer, traditionnel encore par beaucoup de ses images mais très différent de ce qui précède dès sa première partie « Le parfum » – par sa prosodie, par l’influence symboliste subie, par une tristesse pénétrante – devient plus différent encore dans « L’amertume » et « Le sang en délire et l’âme folle » par une souffrance et une violence accrues qui, trait caractéristique, rompent rarement avec une certaine douceur.
 Autre genre de mutation, au moment des grands malheurs, dans Le Printemps idéal, lorsqu’apparaissent des représentations et des sentiments religieux dans lesquels l’inspiration bouddhique n’est pas absente mais l’influence biblique prédomine : adoration, action de grâce, bénédiction divine, beauté du monde qu’intensifie la prière, bonheur de la création poétique.
 Si dans l’ensemble Le Printemps idéal me semble poétiquement moins fort que La Douleur d’aimer, on retrouve le grand poète dans le dernier recueil, Harmonie suprême, avec des poèmes sobres, nostalgiques, où réapparaît la lune amicale d’autrefois qui lui est aussi chère qu’à Leopardi et figure souvent la poésie en même temps que la bien-aimée d’autrefois – le « chrysanthème » – avec qui il a établi de nouveau un échange émouvant.