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Le grand silence. Oratorio

Dans la note qui clôt ce livre, Gérard Pfister écrit : « La phrase est le seul personnage et le seul décor. Elle porte en elle-même tout l’espace et tout le drame. » Et c’est bien cette phrase unique mais d’une portée très significative qui s’impose dans ces neuf parties : trois fois trois arias. Le thème est lui aussi unique : la présence des morts qui accompagnent le poète tout au long d’un long périple : « mes morts / sont derrière moi / mes morts / me portent / comme un long / profond / sillage ».

Au cours de cet oratorio orchestré par le silence, une voix s’élève qui dicte la marche. Une voix qui se mêle aux mots, fil conducteur de ce poème. Mais sans cesse dans ce long périple les morts ne quittent pas le poète : « ils sont là / mes témoins / toute une foule / de blanc vêtus / je suis / leur enfant ». Au cours de la marche silencieuse entreprise, rien ne semble bouger et le poète ne rien voir : dans un double mouvement le présent est donné et repris  : « mes mains se serrent / sur le présent / toujours / il m’est repris / toujours / il m’est donné »  

Le sang lui ne cesse d’envahir le paysage, de le teinter de sa couleur : « mon sang / tout ce sang répandu le sang / de mes pères », accentuant ainsi le mouvement dramatique. Quant au temps il ne passe plus et seuls les morts portent le poète vers quelle issue au cours d’un voyage fantomatique : « un train de nuit / filant seul / et tous sont endormis / il n’y a pas de voyageur ».

Car c’est bien cette incertitude sur laquelle repose le contenu de ce poème dramatique. Seuls les morts dans leur cortège permettent au poète d’entrer dans le grand silence mais de demeurer fidèle aux mots qui « ne savent faire / que rêver ». La voix épurée à l’extrême demeure présente afin de célébrer ces morts, le silence dans lequel toute chose affirme sa présence et la phrase, unique, se mêle elle aussi à ce silence auquel elle donne naissance, qu’elle fortifie tout au long de ce parcours.