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Le grand silence. Oratorio

 De Gérard Pfister chacun sait l’engagement au service de l’universel art poétique, qu’en sa propre vie il cultive, on le sait un peu moins, avec haute exigence.
 Fondateur en 1975 des Éditions Arfuyen, dont l’action poétique est d’inépuisable fécondité, Gérard Pfister fut en 2004 à l’origine de la création, à Strasbourg, des Prix Nathan Katz et Jean Arp, du Prix européen de littérature un an plus tard.
 Traducteur – René Schickelé, Maître Eckhart, Margherita Guidacci, Jessica Powers, Emily Dickinson... –, il est d’abord poète lui-même, et à cette œuvre à la fois discrète et pleinement affirmée, « parfois joyeuse et iconoclaste, parfois grave, pudique et mystique », Jean-Luc Maxence consacra en 2009 une fine anthologie (aux Éditions de l’Athanor).
 Un nouveau recueil – Le grand silence, chez Arfuyen – y prend position aujourd’hui, sous la forme revendiquée d’un « oratorio » décliné en trois fois trois arias qui y veulent composer, dit-il lui-même dans une essentielle « note finale », une boucle parfaite et jamais refermée car en perpétuel mouvement de vive transformation : « Une portée de mots, nés de rien, sans fin revenant à l’initial accord », et qu’en d’autres accords, et ruptures et suspens et rebonds, il inscrit dans une scansion dans la cadence de la « marche longue, sans but, et déjà implacable, sans retour » qu’à chaque être impose le drame de son humaine condition.
 Entre cauchemar inquiet ou pure terreur, ou douce euphorie, dans le saisissant cortège des morts et des vivants, et dans le théâtre même de l’univers : « dans une pauvre portée de mots » venue du plus profond du silence, la représentation – ce fut en 1600, d’Emilio de’ Cavalieri, le titre du tout premier oratorio donné à Rome – de l’âme et du corps.