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Le Grand silence

Sous le titre Le grand silence, Gérard Pfister nous offre sa nouvelle série de poèmes. Dans la manière de son précédent volume, Le pays derrière les yeux : une litanie de vers très courts –par­fois un mot ou trois – qui forment un chant unique, ici appelé oratorio. Et c’est, dès la première page, le leit­motiv du livre : « mes morts / sont derrière moi », repris plus loin par « mes morts /me portent ».

Neuf séquences longues, sans majuscules ni ponctuation, entraînent le lecteur toujours plus avant – comme si l’invocation ne devait prendre fin. Question de généalogie propre à chacun, la famille, les silencieux ou les témoins, la foule de la parentèle, ou celle de l’humanité entière... Ainsi, parlant de ces morts : « c’est le grand silence / qui nous porte », et : « je suis leur enfant / leur témoin / je suis leur étrave ».

Voici que le récitant creuse son sillon, toujours plus loin, « comme la bête de labour ». Et c’est le sang, le lignage, l’échappée vers la lumière, en une quête sans cesse recommencée - vers le dire vrai, la conscience, l’éthique d’une méditation toujours plus ardue. Dont les morts sont les fidèles qui nous laissent « leurs mots / en héritage », et « les pères / de mes pères » dit le poète, forment la cohorte des garants de ce grand silence sans quoi nos paroles ne seraient que vaines fumerolles.

Dans l’une des der­nières pages de ses Papiers collés, Georges Perros note justement : « Défer­lement des morts. De mes morts. De mes amours, amis, muets à jamais. Non, ce n’est pas une consolation. » Gérard Pfister ne dit pas autre chose, en ce drame lyrique nous offrant les stances de cette « représentation du l’âme et du corps » – à la manière de Cavalieri dans son oratorio, à Rome, en l’année 1600.

Dans la lignée du Pays derrière les yeux –l’enfance, la nuit, le souffle –, voici que l’interrogation haletante se poursuit, où les morts sont pris à témoin – nos compagnons et confi­dents – pour un même cheminement, « à vive peine / de grand ahan », car toujours « notre désir / nous porte » vers ce plus de lumière que nous proposent la prière, la méditation, ou bien la poésie. Lorsque spiritualité et lit­térature se confondent, se tiennent et se conjuguent...