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Le Grain de sénevé

 Un livre admirable tant par la mise en page que par la traduction et le texte. La mise en page : le poème en huit strophes est présenté sur une double-page avec le texte en moyen haut allemand et, en regard, sa traduction. La disposition, sur beau papier ivoire, est aérée, équilibrée. La traduction, on la doit à Alain de Libera, spécialiste de maître Eckhart. Le texte, un poème qui est "un des sommets de la poésie du Moyen Âge", un chant dont la mélodie est connue (Adam de Saint-Victor, 1192), mais qui engendre sa propre musique "dans l’âpreté de sa langue et la violence de ses allitérations".
 L’attribution du Granum sinapis à J. Eckhart ne fait plus de doute depuis les travaux de K. Ruh (Munich, 1985), il s’agit probablement d’une oeuvre de jeunesse. On ne peut la comparer qu’aux Sermons allemands. Ces huit strophes, "c’est incontestable, énoncent une doctrine et proposent un itinéraire" . Celui-ci va des concepts de la théologie à l’expérience mystique, il unit la culture intellectuelle du Lesemeister et la sagesse simple du Lebemeister.
 Une théologie fortement marquée par le Pseudo-Denys (les Noms divins, la Théologie mystique), que les commentaires d’Albert le Grand avaient fait connaître dans l’Allemagne du XIIIe siècle. Le poème est suivi d’un commentaire latin anonyme, également traduit par A. de Libéra, théologique et philosophique, et vraisemblahlenunt issu de l’entourage de maître Eckhart.