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Pierre de MASSOT

Le Déserteur

Oeuvre poétique 1923-1969

Textes rassemblés et présentés par Gérard PfisterAvec des portraits de Pierre de Massot par Picasso, Picabia , Max Ernst et Malkine

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°79, ISBN 2908825163

12,96 €
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« N’allez surtout pas croire que ces poèmes qui vont paraître et que vous avez la faiblesse d’aimer sont de la littérature dans le sens où l’entendait Valéry : ils sont nés d’une intolérable angoisse, qui me point depuis plus de quarante ans. En voulez-vous un exemple : hier soir, à 8 heures, j’ai été pris d’une crise de larmes que je ne pouvais réprimer, parce que me trouvais en présence de l’épouvantable solitude de mon âme. Bien sûr, je sais qu’un jour je me suiciderai. J’ai manqué l’occasion en novembre dernier, mais volontairement, parce que je ne voulais pas crever ici, mais à Paris. » Il faut lire cette longue lettre adressée par Massot à Michel Perrin en 1961, alors qu’il se trouvait au sanatorium d’Assy, pour comprendre ce qu’écrire signifie à ses yeux.

Certes Massot ne renonça jamais au dandysme et cultiva autant qu’il put la frivolité et l’indifférence. Sa personnalité était cependant trop riche pour que sa vie, et moins encore sa poésie, se puissent couler dans ce moule. Son dandysme n’est que la difficile pudeur d’une sensibilité trop vive. Pourquoi écrire, qu’écrire, en effet, quand le monde, quand le Moi ne se peuvent saisir ?

« Il n’y a rien de possible, pas même le suicide, déclarait Rigaut. Vous êtes tous des poètes et moi je suis du côté de la mort. Mariez-vous, faites des romans, achetez des automobiles, où trouverai-je le courage de me lever de mon fauteuil ou de résister à la demande d’un ami, ou de faire aujourd’hui autrement qu’hier ? » 

Rigaut se suicide – avec à l’aide de Massot – , son compagnon de misère Pierre de Massot acquiert la force d’accepter la vie en luttant contre ce qui veut l’en ôter. Le Moi n’est que masques et abîmes ; il ne s’y trouve aucune assurance, aucun axe, aucun sens. Mais la douleur, qui brûle la peau, torture l’esprit, comment douterait-on un seul instant de sa réalité ? Elle est la seule évidence criante, la seule certitude, la seule intuition. Si la poésie est parole essentielle, elle ne peut jaillir que de cette suprême expérience : toute autre poésie est vouée à l’anecdotique, à l’inutile, au superficiel.

L’incompatible est concilié, le miracle est réalisé lorsque le poème atteint à la Beauté et à la Vérité en un seul mouvement, comme dans son grand poème Le Déserteur  : « Ce poème que je ne connaissais pas ! écrit Georges Malkine (...) Quelle bonne dynamite ! quel merveilleux intrus ! Il arrache ta porte, il te fout dehors, il te crève le coeur et le jette dans le ciel (...) J’avais lu des choses de toi. Mais pas comme celle-ci. Je ne crois pas, non, qu’aucun poème m’ait donné autant de ce plaisir terrible et grand, sans fond jamais, ni de cette douceur épouvantable. C’est un poème vertigineux exactement. » On ne saurait mieux dire.