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Le corps parle

 Alain Suied a publié récemment, coup sur deux petits livres très denses : Kaddish Paul Celan (éd. Obsidiane) et Le Corps parle (éd. Arfuyen). Dans le premier essai, Alain Suied présente une lecture juive de l’oeuvre de Celan que les récupérateurs en tout genre, surtout heideggériens, essayent de déjudaïser, en en faisant le poète du silence et de l’absence, alors incarne « à la fois, la contradiction d’une société et celle de sa victime... », le juif porteur de mémoire et l’esprit universel qui demande simplement que soit reconnu « la place (et l’existence) des siens ».
 
Opposé aux interprétations fallacieuses qui s’en tiennent à ce que le texte dit en surface quand ils n’en déforment pas le sens, Alain Suied se pose la vraie question : « d’où cela parle-t-il ? ». Et il montre que l’espace d’où a surgi la parole de Celan, est celui des camps de la mort. Seulement, au lieu d’en parler d’une manière immédiate, il en a fait un thème « invisible, absent, imprononçable. Parole qui résonne dans le silence original ». 
 
En passant Suied dénonce les théories coupables d’Heidegger et les égarements de l’Occident, aveuglé par le narcissisme et l’imaginaire et dont le refoulé païen a mené aux désastres de ce siècle sanguinaire. Les onze poèmes de Celan qui accompagnent l’essai confirment l’interprétation d’Alain Suied.
 Quant au second livre : Le Corps parle, c’est un recueil original de textes variés et très beaux, qui comprend des poèmes, des aphorismes, des notes, un essai brillant sur Proust et le réel, et des réflexions sur le langage, la musique et la peinture. De cette gerbe poétique et critique étincelante se dégage néanmoins, une théorie bien structurée et unifiée, de l’art et du langage. Opposé à l’écriture narcissique qui aliène le moi du créateur dans les rets de la fiction et du monologue, Alain pense qu’il est temps « de faire passer la Poésie » du stade du moi, au stade du réel. Témoin, la poésie ne peut s’identifier au système « qui la nie et la dénature. Elle doit plutôt le rappeler à l’humain. » Par cette haute conception éthique de la poésie et de la parole, Alain Suied fait retrouver à l’écriture toute sa dignité ternie par les mensonge et les violences de ce siècle et nous remet sur la voie de l’authenticité et de la quête de l’autre, qui constituent le fondement même de tout texte vrai.