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Le Carnet blanc

 Voici Alfred Kern (1919-2001) : romancier, photographe, éditeur, Alsacien né en Allemagne, parisien après la guerre. Il écrit plusieurs romans de 1950 à 1959, puis après vingt-cinq ans de silence, deux recueils de poésie publiés entre 1989 et 1991. Mélange de textes poétiques en vers et en prose, Le Carnet blanc est posthume, fruit d’un très grand travail sur des liasses – nous dit l’éditeur – mais lu par l’Auteur avant sa mort. Philippe Jaccottet – préfacier de ce recueil – écrit : « Lisant ces pages si dépouillées, si intérieures, je me dis que devenu le contemplateur de plus en plus immobile du paysage que son refuge lui offrait tous les jours, Kern, avec sa passion des choses visibles et des autres, avec l’enfance restée si présente en lui, dans le bonheur certes fragile mais pour lui si durable de l’amour, je me dis qu’il avait vraiment atteint ce centre que la profusion romanesque risquait peut-être de faire oublier [...]. »
 
Un livre émouvant du grand âge et de la proximité de la mort. Un livre de justes et exquises notations, surtout dans les proses, et de souvenirs d’une Alsace disparue. De belles notations aussi dans certains poèmes, des souvenirs savoureux dans d’autres, de touchantes expressions d’une vie désormais menacée. Il faut bien dire que le caractère des poèmes en vers est moins unifié que celui des proses. Que sont devenus les élans religieux de la jeunesse ? Réincarnés dans la langue autre de l’aventure poétique ? (« Comme si l’errance, la découverte des roches, des visages et des bois nous initiait à la présence poétique du monde, au lan¬gage repris comme une déclaration d’amour », p. 119). Ou faut-il lire aussi une ouverture à quelque chose d’autre ? (« La poudre, la poussière des instants / l’âme / d’un regard ensoleillé / à la pointe des cimes / sous le glaçon de midi / la chaleur diffuse / la litanie des noms / au silence d’un horizon / un départ sans fin / une joie sans cris / d’une fragile consistance / d’une infinie retenue / ce regard ouvert / l’indicible »).