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Le Carnet blanc

 Rejoignant son havre de paix, d’intemporalité, Alfred Kern (1919-2001) se met à l’écoute de la vie. Un recensement, un relevé, une collection d’instants et d’empreintes à porter au jour, comme pour donner sens, pour témoigner, avant de prendre du recul, avant de s’inscrire définitivement dans la paix des Vosges.
 Alfred Kern depuis sa maison du Halsbach, au-dessus de Munster, rapporte tel un sage bouddhiste, avec une pointe de mélancolie et sans détachement, cet étrange bonheur « reçu » de la vie. L’enfance, les amis, la proximité des paysages, la langue alsacienne, le tout dans la perspective d’un départ, d’une disparition, de la mort. « Je ne suis plus de ce monde, j’attends. » Et continue malgré tout à écrire, à questionner, à écouter « le silence extensible de la mémoire ».
 
Étrange voyage avec cet écrivain dormant par épisodes, laissant à son éditeur le soin de rassembler les textes de ses carnets, dont il avait au préalable conçu le titre générique Carnet blanc : « Le carnet qu’il avait souhaité écrire est resté blanc, et c’est cette blancheur même qu’aujourd’hui nous lisons : l’impossibilité de toute littérature, comme de tout art, à saisir son unique, son ultime objet, qui est la mort » (Gérard Pfister).
 Romancier, Alfred Kern publie son septième et dernier roman en 1964. Vingt-cinq ans après, en 1989 il entre en poésie avec deux recueils publiés chez Arfuyen. Le Carnet blanc est une véritable invitation à partager le bonheur, fragile sans doute, d’un poète dont la vie et l’écriture n’entraient pas en concurrence :
  le piano du pauvre enfin
 quand les bombes – la pluie
 de Dresde, de Hambourg, de Berlin
 te citent : Denys l’Aréopagite
 Morgenstern, Ringelnatz :
 Wie die eigene Spucke schmeckt,