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Laisser partir

 D’une lecture lente et silencieuse, comme de creuser dedans la page le sillon de notre avancée, d’Alain Suied, Laisser partir, on sort raffermi, reconstruit. Et vivant de cette pensée qui parle sans image à soi-même, sans visage, se réitère, et se reprend, et se ressasse pour avancer dans l’inconnu de la langue et de l’être même. En huit sections de dix poèmes chaque, titrées, et un introït en vers libres, Alain Suied trace la voie d’une parole brute et solide, d’un corps qui se dit membre à membre, et se confronte, et se compare, sans fléchir, sans tourner les yeux. Et qui ne craint pas de brûler son visage à la vérité si blanche, si terrible, de la page que nous considérons trop peu, trop souvent que nous sommes pressés de lire, comme de vivre ou comme d’être. Et d’épuiser trop hâtivement ce qui fait, dans la profondeur, résonner le vif, et la langue, et le corps, et le cœur même. Le cœur enfoui.