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Laisser Dieu naître en nous, et naître nous-mêmes à Dieu

 Les Sermons 101 à 104 présentés par Marie-Anne Vannier et rassemblés sous le titre .
Sur la naissance de Dieu dans l’âme ont été donnés au temps de Noël. Ils constituent un ensemble cohérent que l’on peut considérer comme un commentaire de ce verset du prologue de l’évangile de saint Jean : "A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1,T2).
 Tout part de l’admirable image donnée par le livre de la Sagesse : "Alorsqu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit venait au milieu de sa course, du haut des cieux la Parole toute-puissante s’est élancée du trône royal" (Sg 18,14). C’est dans l’âme du croyant, bien sûr, que Dieu envoie son Verbe. II s’agit donc de faire place nette afin de permettre à ce Verbe de se faire chair, véritable engendrement qui s’effectue. Comment y parvenir ? II suffit de se tenir en « ce repos et ce silence tourné vers le dedans, de sorte que la Parole éternelle soit en nous prononcée et comprise, et que nous devenions un avec Elle, que le Père nous vienne en aide, ainsi que la Parole elle-même, et l’Esprit ».
 
C’est donc bien en la Trinité que l’âme du croyant va naître, dans l’amour. Dans le sermon 75, Maître Eckhart déclarait déjà : « Nous sommes aimés dans le Fils par le Père avec l’amour qui est le Saint Esprit, éternellement jailli et s’épanouissant dans sa naissance éternelle, s’épanouissant du Fils vers le Père en tant que leur amour réciproque ».
Nous sommes ainsi amenés à « devenir une vie par grâce ce que Dieu est en plus par nature ».  L’ouvrage apocryphe publié par Marie-Anne Vannier dans la même collection, tout aussi intelligemment traduit du « moyen haut allemand » par Gérard Pfister sous le titre Les Dialogues de Maître Eckhart avec sœur Catherine de Strasbourg, nous apparaît alors comme un commentaire, une « mise en abyme » de la doctrine d’Eckhart, notamment pour ce qui est du processus décrit dans les sermons de Noël, qui en est le centre. Eckhart est ici censé dialoguer, de façon très vive et parfois abrupte, avec une religieuse qui s’exerce à une vie spirituelle de plus en plus intense et ne craint pas de le pousser dans ses retranchements. Le dialogue aboutit à cette formule étonnante dans la bouche de Catherine, qui se relève après trois jours de léthargie : « Je suis devenue Dieu ». Elle ajoute : « Le ciel et la terre sont trop étroits pour moi. » On comprend alors les suspicions qu’a pu susciter, en son temps, la pensée de Maître Eckhart. Celui-ci ne fait pourtant que reprendre la doctrine classique de l’Incarnation, telle qu’on la trouve dans le quatrième évangile, telle, aussi, que saint Irénée l’avait exprimée et résumée de cette manière saisissante : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne fils de Dieu ».