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La Ville de souffrance

 Brutale, abrupte, comme la hache dont le tranchant retombe sur les pieds, la poésie de Georg Heym (1887-1912) a cette force qui traumatise bien au-delà du temps réduit de la lecture. Il partage cette qualité avec ceux de sa génération que l’on a appelés « expressionnistes ».
 La catastrophe vient, elle est là, elle va détruire d’une manière incroyablement sauvage tout un monde et sa culture. Il sent le vent noir qui se lève, il est jugulé par la peur et le désir de l’anéantissement. Pour lui, celui-ci viendra dans l’antichambre du brasier. Il se noie à vingt-quatre ans, le 16 janvier 1912, en faisant du patin à glace près de Berlin.
 Mort emblématique. Il avait écrit : « Il tend dans l’ombre son poing de boucher. / Il le secoue. Une mer de feu jaillit / Par une rue. Et les fumées du brasier grondent / Et la dévorent, tard jusqu’au point du jour. »
 Ce petit livre que nous proposent les Éditions Arfuyen comble une lacune mais reste, hélas, bien solitaire. Les expressionnistes allemands souffrent encore de cette occultation si bien stigmatisée par André Breton dans une lettre à Lotte Eisner de 1954. Peut-on espérer d’autres recueils de ce genre ? Des oeuvres de Elske Lasker-Schüler par exemple. Les poètes de quelque envergure surgissent souvent en des temps de manque, de détresse pour faire écho à l’interrogation douloureuse de Hölderlin : « Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? (à quoi bon des poètes en un temps de manque). Poussez les portes de la ville de souffrance. Ces temps, nous y sommes encore.