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La Venue

 Enfant, Gérard Bocholier accompagnait le curé du village dans sa visite aux agonisants. Adulte, il se souvient du visage des morts et leur donne le dernier apaisement. Les poèmes succèdent aux prières. Et puis vient le moment où ceux qui meurent sont ceux qu’on aime. Dans La Venue, Gérard Bocholier accompagne le départ de l’être aimé, et nous livre le secret de son acceptation : sa foi dans le Christ.
 Dans les premières pages, la mort n’est pas encore là, mais elle plane dans son large spectre et taraude le poète. Le rythme martèle quatre temps dans une musique entêtante, redoublée par une série de quatre distiques. Puis la mort s’approche d’un corps : « Ton corps tout près / Son verrou d’ambre/ Lampe happée / Par les ténèbres ». Le poète appuie son front sur la vitre de la mort, et s’interroge sur ce corps mourant – trouvera-t-il un chemin ? « Une falaise / Contre les vitres // Comment passer / Ne pas se perdre // D’un cœur qui dresse / Contre la mer / La verticale / De tout silence » 
 Au chevet de la personne agonisante, peu à peu, le battement du cœur ralentit, la série de distiques s’allège, le poème respire, même si l’angoisse reste présente. On la redoutait mais au moment où la mort est là, on l’accueille dans le calme. Un agonisant n’a plus de mot, sauf le dernier soubresaut, le léger filet de voix : « Si basse maintenant / La voix qu’on croyait tue ». Il reste le silence et la présence pour communiquer, avant la mort, comme après la mort : « Dans le cœur desserré / Le silence et rien d’autre ». La main du mort se relâche, baignée de lumière : « La main tant serrée / Entrouve sa gloire // La mort dans la boue / Cède sous les sources // Dans la paume exulte / Un creux de lumière » 
 Au fil des pages, la mort du Christ, revécue à travers la mort des êtres chers, et sa résurrection (La Venue), soutient le poète. Et la mort de l’être aimé ouvre sur la lumière du Christ, qui est Amour. Le recueil s’achève sur l’aurore qui se lève doucement. Le poète se tient entre le monde des vivants et celui des morts, là où « vivre s’entend / D’un frôlement de feuille ». La Venue est un beau livre pour accompagner nos deuils.