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La Venue

 Voici cinq mouvements qui tournent autour d’une existence s’exprimant dans la souffrance, l’endurance, l’effort et à travers des images aussi matérialisantes que personnifiantes. Le poète dresse un tableau de l’être humain dans un paysage le plus agressif, le plus escarpé qui soit : la montagne et la falaise sont en effet les arrière-plans d’une poésie au rythme régulier dans le premier mouvement composé de distiques à quatre syllabes. Ce rythme martèle la venue de la mort et l’angoisse qu’elle provoque chez celui qui y pense chaque jour.
 La dramatisation initiale qui parle au silence de la mort se poursuit, mais de manière un peu plus ample même si tout le rythme de ce recueil demeure bref. Les vers sont laconiques à l’image des arêtes tranchantes d’un mont. La souffrance évoquée pourrait être celle du Christ représentant de l’humanité : « Que l’agonie du fils / Te lave le regard / Qu’elle lisse à ton front / La couronne inhumaine / Abrite dans tes mains / jointes la flamme même. » Tous les éléments de la symbolique chrétienne dans le sens d’une humanisation et d’un dépassement de la barbarie sont présents : fils, couronne d’épines, prière et possibilité d’une lumière par rédemption et espoir.
 Le tutoiement qui accompagne les images s’adresse aussi bien au poète lui-même qu’à quiconque désirerait tendre vers ce verbe rédempteur qu’incarné la parole poétique dotée d’une certaine sensualité, et qui pourrait fort bien devenir une représentante idéale, remplaçant celle plus religieuse. « La parole restée / Au bord / Cette rosée gouttant / Aux commissures / Cherchait l’obscur sillon / À remplir / Par amour. »
 Tout se nimbe d’un double visage intense : l’obscurité où le drame fait l’Histoire et la lumière qui délivre, ressuscite, fait croire à un renouveau, dépasse le simple sentiment tout comme l’Amour. Ce qui donne à l’ensemble un lyrisme mesuré et grave, accompagné d’une nostalgie de l’enfance au cœur des vignes, image qui s’entoure de tous les morts dont les tombeaux traversent discrètement le recueil. « Désert toujours plus grand / La nuit pourtant poussée I Amour / Par ton désir. »
 Ainsi, le verbe se retourne sur lui-même après setre porté au devant. La nature le porte dans son remuement fertile. « Il reste encore un chant / À sortir de sa gangue / De pierre où dort Lazare / Pour soulever la nuit / Une barque invisible / À lâcher vers la mer. »