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La Venue

 Pour Gérard Bocholier la poésie est un exercice spirituel (cf. les Notes sur la poésie comme exercice spirituel qu’il a publiées dans le n°87 de la revue Arpa) : « On pourrait dire : un développement, une germination – lente ou fulgurante, cela importe peu – un acte sans cesse repris, tendu vers son parfait et impossible accomplissement. » Le geste toujours recommencé du poème est la tentative réitérée d’approcher l’invisible, de guetter ses signes dans la nature ou de saisir la vérité de la mort dans le passage de l’instant. 
 La Venue, titre messianique, est une prophétie ambiguë ; car ce qui vient, que le poème prépare, est tout à la fois la mort à laquelle il faut s’accoutumer dès à présent, et ce à chaque instant, et le salut qui est contenu dans chacun de ces instants de la vie mourante ou de la mort vivante – comme on voudra. Ainsi, pour le guetteur de l’invisible de l’instant, la peur est indissociable de l’espérance, et on les cultive dans l’effort de présence au monde. Là où est la douleur est aussi peut-être le salut, pour qui y prête attention : « La peur / Qui enfonçait son coin / En tout amour ».
 Aussi Gérard Bocholier touche avec de moins en moins de mots à ce qui se cache dans la lumière et s’exprime dans le silence – ce que Maurice Blanchot appelait le neutre ? L’invisible ou le lieu de la séduction par le tout autre, le plus proche, le plus lointain... C’est ici que le poète s’efforce à se rendre présent à l’invisible, en assumant notre condition, le travail, la violence et l’épaisseur du vécu. Au cœur des ténèbres de cet esclavage, tout ce qui porte figure est un voile sur l’infigurable.
 La poésie de Gérard Bocholier exige une grande disponibilité de son lecteur. La « vision » à peine entrevue échappe rapidement lorsque l’attention (la tension) se détend. La voix de la mort est sans visage, sans bouche. L’exercice spirituel, le poème est l’effort toujours recommencé de déchirer le voile. L’écriture est une prière, une voix comme une tentative d’ouvrir une brèche dans l’opacité du temps (les « lèvres d’encre ») : « Dans le dédale fraie / Passage vers la source ».
 
On n’évoquera pas l’Orient du voile de Maïa, ni celui des Haïkus, car les références au Christ sont très présentes (« l’agonie du Fils »). Jésus n’est-il pas celui qui, en toute rigueur, fait face ? Mais si l’on pense à l’Orient, c’est en raison de l’ascèse et de la densité spirituelle qui font le souffle singulier de cette œuvre attachante (cf. cet extrait de « L’ombre », dernier poème de Jour au-delà  : « ...Ce que veut de toi l’invisible / C’est ta vie nue / C’est ton aveu / Plus haut que l’ultime ligne / De ton cri »)