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La Transparence

 Gérard Pfister connaît bien, pour la diffuser dans tous ses livres, la « douceur impérieuse du poème ». C’était une belle formule, riche de sens, de son ouvrage paru en 1991, Celui qui se tait (Lettres Vives). Cette douceur est ici aussi celle de « l’accomplissement », qu’il nous donne à désirer et à méditer, afin de réaliser ce pour quoi nous sommes nés, « laisser l’autre / faire son œuvre », grandir et mûrir jusqu’à mourir, dans un même jaillissement, une même croissance naturelle et surnaturelle. C’est ainsi que « le fruit » pourra apparaître comme la suprême expression, la sublime offrande : « Dans le fruit // la gloire / de la sève, / la fragilité /
de la semence, // le don / parfait // et la mort de la fleur ».

 Chaque bref poème reprend à sa manière cette affirmation essentielle et sa cadence, par douces et pressantes ascensions, fait comme sentir ce mouvement déjà en germe dans la racine ou la source. « Ce que dit / la source // est entendu du ciel ».
 Le poète nous invite à nous mettre à l’écoute de cette source. Elle se trouve au fond de chacun de nous, elle ne demande qu’à laisser aller ses eaux jusqu’à ce que, devenue fleuve, elle puisse tout emporter jusqu’au but. C’est alors que se révèle cette vérité toute simple, que la simplicité transparente des vers nous murmure à l’oreille : « L’accomplissement // n’est rien d’autre / que le don, // le soir / rien d’autre // que le retour / au minuit, // l’inlassable / fidélité // à l’origine ».
 La transparence poétique de Gérard Pfister est tout éclairée du radieux sourire de l’enfance, car « l’enfant / n’est que / pure transparence ». Sa parole, persuasive et touchante, vise à s’écouler, elle aussi, comme une onde mêlée de lumière, ou mieux : comme une eau de lumière unissant pour l’éternité la naissance et la mort. L’écriture du poète levant, mot après mot, pas après pas, chaque obstacle, parvient ainsi à ne plus faire entendre que le pur langage de l’unique amour.