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La Transparence

 Le dernier recueil poétique de Gérard Pfister est fait de seize ensembles de poèmes brefs, en vers très courts, libres, et en général composés de distiques séparés par des blancs. Ces ensembles sont désignés par leur incipit, très significatif, dont l’ensemble donne ceci : jaillis, une fleur, vois, l’enfant, demeure, l’avant, la source, dans l’accomplissement, chaque souffle, dans le fruit, pas, dans le cœur, chaque homme, l’enfant, je quitte, sens-tu. Le jeu consisterait à ajouter des verbes, et l’on entendrait un longue phrase disant le mouvement, ou cheminant depuis une vive origine vers un accomplissement, moyennant une intériorisation, un dépouillement, une ouverture à autrui : un itinéraire spirituel qui n’ignore pas la consistance de l’humain. Une dynamique qu’atteste aussi l’ultime poème hors ensemble – « Un seul passage / un seul / exode, un insatiable // amour, quitter, // abandonner toujours, / et toujours // ce retour, / cette offrande, // l’inlassable / fidélité, // toujours la nuit, / toujours // la lumière, / un même corps, // un même fruit » – où un amour, une aventure autres se lisent en filigrane d’une huamoine union.
 La « transparence » n’est pas celle d’une existence qui n’aurait pas ou plus de consistance, mais celle des instants du passage, de la parole, de l’eau, de la perception radicale du néant de soi, de l’enfant à son arrivée parce qu il ne fait pas « obstacle / au mouvement // de l’abîme / au royaume. » Si l’accomplissement est au terme, d’une autre façon il est déjà donné dans celui d un seul par qui – en sa chair, en son sang – tout est offert l’unique présence a été fondée lorsqu’il a partagé « à l’auberge / le repas d’inconnus ». Source, chemin, fruit : triade de mots omniprésents qui dit encore en abrégé l’itinerarium.