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La Transparence

 Si l’on se réfère à tel ou tel ouvrage de Gérard Pfister, l’on sera surpris par le registre poétique de La Transparence. Chant elliptique, litanie d’une grande concision, langage clair et nu. Il est vrai que l’adjectif « limpide », dans un titre précédent – Blasons du corps limpide de l’instant – nous mène directement à cette « transparence » : celle du « passage » du néant à la conscience, jusqu’à la (re)naissance de l’origine. Ainsi les mots-clés, au fil de cette centaine de pages, s’offrent à nous tels des repères, des fanaux d’une implacable solidité : chemin – source – abîme – cœur – enfant – lumière.
  Écoute seulement / cette source / au fond de toi ».
 Le poète ne se retire pas au-delà du cercle des humains, afin de s’enfermer dans le langage et n’interroger que lui. Au contraire le ton est celui du dialogue, à la fois lucide et généreux. Notre « passage » ici - bas ne doit être que « pure transparence » : encore faut-il en prendre conscience, et c’est le rôle de l’écrivain de nous y conduire. Il trace de la sorte, en ces 17 séquences de son poème, cet itinéraire spirituel qui mène de l’abîme – ou du néant – jusqu’à la source de lumière, à l’avènement.
  Dans le cœur / est la source / et la grâce.
 Ainsi sommes-nous sollicités par la dynamique du poème, en cette dialectique des contraires qui n’est pas sans analogie avec la poétique d’André du Bouchet par exemple : le rêvé / le connu ; la racine / la corolle ; la naissance / la mort ; ou encore : le clair / le secret ; le néant / la lumière, etc. À chacun de devenir le découvreur de son royaume, d’interroger cet instant qui coule et n’a plus de secret pour nous – car l’eau vive du chant, sur la page, coule comme l’eau de la vie.
 Il importe donc de surprendre et d’éveiller cette source en nous. Et c’est à quoi s’attache le poète il nous ouvre le chemin. Jamais son langage ne fut aussi nu, d’une telle simplicité, afin d’illuminer les archétypes de la langue, et de forger cette prise de conscience qui se transforme en une révélation. Au nom de l’innocence, de la pureté de l’enfance...
  Si tu veux être / comme le ciel / approche ton oreille / de la source.
 Ce laconisme, une telle ascèse de la pensée et du verbe, et cette conviction enfin, ne peuvent que nous transporter au royaume de la poésie. Quête mystique, jusqu’à nous rendre la transparence de toutes choses... En nous et autour de nous.