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La Tradition secrète des mystiques

Sous le titre qui parait à première vue discutable – La Tradition secrète des mystiques – mais qui correspond bien à son contenu, Dominique et Muriel Tronc nous ont rendu un service réel en rééditant Le Gnostique de saint Clément d’Alexandrie.

Ce petit écrit anonyme de 1694 fut publié en 1930 par le père Dudon et attribué par lui à Fénelon d’une manière qui n’a pas été remise en cause ultérieurement ; le violent commentaire pro-Bossuet et anti-Guyon de l’éditeur est seul jugé inacceptable. La nouvelle édition est précédée d’une introduction trop succincte ; il eût aussi fallu nous dire si la page manuscrite vient de l’original ou d’une copie. En revanche, le parti de donner les références des citations des Stromates est heureux, car ce sont des textes accessibles dans les Sources chrétiennes.

Ce coup d’essai, que L’Explication des maximes des saints en 1697 prolongera, est du plus haut intérêt en ce qui concerne la pensée de Fénelon. Évidemment, l’identification entre la littérature mystique occidentale classique et la « gnose » clémentine est intenable : sans dater celle-là du XVI° siècle comme Michel de Certeau, il faut au moins attendre les néoplatoniciens chrétiens pour qu’une filière sérieuse commence à se dégager, qui ne prendra vraiment sa consistance qu’avec le Pseudo-Denys.

Quant à la « tradition » mystique remontant à Jésus lui-même, elle relève de la pure fiction. Fénelon saura par la suite laisser de côté le thème équivoque du « secret » – qui est ici l’outil lui permettant de supposer entre les lignes de Clément une doctrine mystique –, mais il continuera de s’enfermer dans l’aporie fallacieuse du « pur amour » et de défendre avec justesse l’article essentiel de la « passivité ».

Quoi que l’on puisse penser de ce texte sur le fond, il est beau par son écriture rapide et émouvant en faisant découvrir le disciple encore jeune d’une directrice spirituelle fascinante, profonde, sincère sinon équilibrée.