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« La poésie, c’est autre chose »

 « La poésie, c’est autre chose ». 1001 définitions de la poésie est un volume stimulant et original. Deux formes y alternent.
 D’une part, pour chaque lettre de l’alphabet (par auteurs) une série de courts textes de quelques lignes sur la poésie en général, tirés de poètes du présent et du passé ; le mot « définition » est à prendre au sens large : brèves sentences concernant la poésie, son sens, sa fin ou son absence de fin, ses exigences, ses formes, son rapport au réel de soi-même ou du monde ; les définitions sont très diverses et parfois contradictoires.
 D’autre part, pour plusieurs lettres – par exemple « R comme révélation » – un texte lié de quelques pages contenant beaucoup d’autres citations d’écrivains ou de critiques. Ces textes, portant sur tel aspects de la poésie, ne sont pas signés, mais on peut les attribuer sans grand risque d’erreur, ainsi que la préface, à Gérard Pfister. Celui-ci est, en réalité, l’auteur de ce livre, qui n’est pas à lire à la suite, mais en découvrant telle sentence, quelques pages.
 On cherche ainsi à comprendre cette poésie que Pfister désigne comme «  une brèche dans la langue, l’ouverture vers un espace différent, la promesse réalisée dans les mots mêmes d’une possible liberté », expressions qui indiquent un transcender, au sens le plus ouvert du terme, mais sans oublier le faire, le travail accompli « comme un parfait chimiste et comme une âme sainte ».
 Beaucoup de ces « définitions » touchent à l’objet de ce bulletin, par exemple : « Les poèmes [...] font route vers quelque chose. Vers quoi ? Vers quelque lieu ouvert, à inventer, vers un Toi invocable, vers une réalité à invoquer » (Paul Celan, Discours de Brème). Mais celle que je préfère est due à Baudelaire : « Si un poète demandait à l’État le droit d’avoir quelques bourgeois dans son écurie, on serait fort étonné, tandis que si un bourgeois demandait un poète rôti, on le trouverait tout naturel » (Mon cœur mis à nu). Soyons sérieux pour le mot de la fin : « La poésie n’est pas obscure parce qu’on ne la comprend pas mais parce qu’on n’en finit pas de la comprendre » (Georges Perros, Papiers collés II).