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« La poésie, c’est autre chose »

 Si on compare la poésie avec d’autres genres littéraires, tout le monde, ou presque, sera d’accord avec la formule de Guillevic que le titre de Gérard Pfister reprend et que son essai diversifie en 1001 définitions.
 Dès la préface, la balle est lancée avec des retours à l’envoyeur (du genre : « La poésie n’a pas en France très bonne presse »), des platitudes à la Boileau, mais aussi, à la suite de Baudelaire, des ouvertures « à une radicale altérité ». L’essai qui joue ces ouvertures se transforme en une suite de formules relativement heureuses qui adoptent l’ordre et l’esprit du dictionnaire, sans que les rubriques en illustrent toutes les lettres : « A comme Affirmation », « C comme Connaissance », en tout huit groupements qui viennent buter sur « R comme Révélation » et « V comme Vie ». Les éditions Arfuyen étaient bien placées, y compris par leurs traducteurs, pour préparer ce parcours plein d’obstacles mais aussi d’illuminations.
 Le lecteur peut picorer à la fourchette dans la modernité comme dans le passé, chez des prosateurs comme chez des poètes, auprès d’inconnus comme de célébrités. Dans son Anthologie de la poésie française (Pléiade), Gide, non mentionné chez Pfister, compare la poé-sie au génie des Nuits Arabes (1001 bien entendu) qui, « traqué, prend tour à tour les apparences les plus diverses afin d’éluder la prise (.. ) et qui se réfugie enfin dans l’insaisissable grain de grenade que voudrait picorer le coq. » Le coq gaulois n’est pas seul en cause, mais pour notre satisfaction nationale, il est quand même bien placé. Ici, parfois, le relevé des défi-nitions va « De Adonis à Henri Bremond » ou de « Jean-Baptiste Para à Marcel Proust ». Pour tous les écrivains cités, les notes renvoient simplement à l’index, lequel mériterait d’être plus explicite ou informatif. Mais l’essentiel n’est pas de savoir qui dit quoi, mais quel est bien l’« autre chose » annoncée par Guillevic.
 Il serait contraire à l’esprit de l’ouvrage d’aboutir à une conclusion et les différences ne sont pas moins nombreuses que les oppositions... de principes. Le lecteur aimera, dans ce maquis qui est aussi florilège, se retrouver, au moins pour son compte, surtout si, par jeu, il se fixe un choix maximum de définitions, par exemple huit, autant que de rubriques. Je serais embarrassé pour dire le mien. Mais Pierre Reverdy, dans Cette émotion appelée poésie, m’offre peut-être, extrait de la rubrique « R comme Révélation », ce que j’ai le plus envie d’aimer dans la poésie : «  Le poète est poussé à créer par le besoin constant et obsédant de sonder le mystère de son être intérieur, de connaître son pouvoir et sa force. » Voilà, comme dit le texte du commentaire, « tout laïque qu’il paraisse, un véritable chemin de sainteté ». On n’est pas très loin de ce qu’écrit le sage Pierre Orizet, mais aussi l’extravagant Saint-Pol Roux : « Le poète est le déchiffreur de mystère en jachère depuis toujours ». S’il faut choisir au moins une rubrique, c’est bien celle de « Révélation » que nous retiendrons.