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La poésie, c’est autre chose

 Le poète de Terraqué, Guillevic eut un jour cette simple mais lumineuse trouvaille : « La poésie, c’est autre chose... » Cette « autre chose » est devenue un livre aux mille et une facettes, véritable boîte à trésors qui nous offre autant de définitions de la poésie qu’il existe de poètes.
 De page en page, nous flânons en terre de poésie où « Les Poètes allument les lampes » (Emily Dickinson), dans un lieu indéfini et indéfinissable. « On n’explique pas le phénomène "poétique" déclare Georges Perros. On le constate. » Et d’ajouter : « La poésie n’est pas obscure parce qu’on ne la comprend pas mais parce qu’on n’en finit pas de la comprendre. » On l’aura compris, la poésie a quelque chose à voir avec l’indicible qui se situe ailleurs, de l’autre côté des mots. « L’autre chose » est aussi « question de vie ou de mort », affirme Henri Meschonnic ; on est à la fois dans l’ailleurs et pourtant dans l’essentiel. Voilà pourquoi aucune définition de la poésie ne se suffit à elle-même. Pour Roger Munier, « La poésie est en fuite, même de soi ». Le poème, la poésie sont rétifs à toute définition qui les ferme sur eux-mêmes. La cage des mots fait imploser tous les barreaux à l’instant même où on en ferme la porte. Alors pourquoi ce livre, si définir la poésie est par définition une mission impossible ? Parce que tout simplement la réponse est dans la question et qu’écrire ce livre, c’est offrir à la poésie un écrin, un lieu possible au moins dans une bibliothèque où on aura plaisir à le feuilleter et à cueillir, comme dans une prairie, des fleurs de lumière telle celle que nous tend Sylvia Baron Supervielle : « La poésie est liberté qui respire dans l’air et dans l’âme ». C’est ainsi que « cette autre chose » finit par nous devenir indispensable et que le livre de Gérard Pfister apparaît tel un « manuel de survie » à conserver sur sa table de nuit. A vrai dire, il suffit d’ouvrir le livre et le hasard fait le reste comme à la page 118 où on peut découvrir la définition belle et limpide que nous donne Jean-Pierre Lemaire : « La poésie, c’est la musique du monde. » Dans chaque définition, les mots tutoient l’évidence, tout semble être dit et pourtant seul le silence prolonge en nous leur écho jusque dans cette clarté de l’âme, où l’on appréhende le pouvoir de la poésie aux confins du sacré et de l’indicible.