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« La poésie, c’est autre chose ». 1001 définitions de la poésie

 C’est en tant que lecteur de poésie que l’éditeur Gérard Pfister a sélectionné, chez un ensemble d’auteurs les plus variés, de nombreuses notations sur la poésie écrites à des périodes différentes de l’Histoire.
 Rassemblées autour de huit lettres de l’alphabet ponctuant à chaque fois une orientation de la poésie, de l’Affirmation à la Vie, en passant par la Connaissance, l’Émotion, la Musique, la Révélation, etc., les citations esquissent un panorama de ce que la poésie peut représenter pour tous ceux qui s’en approchent, tout en montrant qu’elle ne se laisse pas emprisonner.
 C’est parce qu’elle est toujours « autre chose », selon les mots de Guillevic, qu’elle est indéfinissable. Elle est si difficile à cerner que ses définitions sont multiples sous la plume des poètes. Réunissant un certain nombre d’approches, Pfister nous donne l’occasion de nous en faire une idée plus riche que précise.
 La poésie est avant tout un faire, une « affirmation » « de soi, du monde, du langage », une liberté incarnée, « un acte d’insoumission ». Sous l’égide du « A comme Affirmation », retenons ces vers de Zeno Bianu : « La poésie c’est / un réflexe de survie / une effraction continue / la persistance du souffle / le vrai cœur de la planète / le contraire de l’inhumanité croissante. » Elle engendre « une connaissance », « une nouvelle façon de voir ». Elle monte la réalité sous un nouvel angle pour en extraire « le réel absolu ». Mais c’est aussi une affaire de ressenti pour le créateur comme pour le lecteur.
 Une « émotion » s’en dégage, une commotion. Soudain, douleur et joie viennent se confondre en un seul point, remarque Simone Weil. Il va sans dire que la tension de la langue est à son apogée. Cette tension s’inscrit dans le possible et l’attente. « La poésie est le possible qui demeure possible, l’attente qui accepte d’attendre », nous dit Edwards. À la fois sensible et intellectuelle, la poésie mêle les extrêmes, dépasse la réalité, révèle et incame l’Inconnu comme on peut le lire sous la plume du poète espagnol Claudio Rodriguez.
 Elle est une passante, « toujours ailleurs » et « insaisissable ». Si elle retient dans ses filets quiconque s’y est laissé prendre, c’est aussi parce qu’elle libère un chant. Musique de la langue, elle fait vibrer le sens qui, selon Steiner, fait circuler une « musique de la pensée ». « La poésie c’est de l’être qui cherche son corps de langage », nous dit Pierre-Albert Jourdan. Elle est « la pointe extrême de toute langue humaine », surenchérit Alain Suied. Inséparable de la vie, la poésie la reconduit en mots, en langue. Elle est un « accueil que l’homme fait à la vie », dit Joe Bousquet.