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La Lune noircie

 Le titre de ce recueil composé de quatre récits ne pourrait-il pas rejoindre la lune noire symbolisant la conscience douloureuse de l’Absence, une absence pleine à cause de son intensité ? Le fantôme du mari de l’auteure traversant deux des récits malgré tant d’années qui la séparent désormais de sa mort nous oriente déjà vers cette interprétation.
 Suite à cette disparition, la lune, principe du temps vivant, s’est donc noircie brutalement. Après un premier récit racontant l’histoire d’un garçon non désiré, qui, une fois né, adopte le comportement du refus ou du deuil, Anise Koltz glisse vers un écrit plus autobiographique. Elle rêve son mari vivant et, par l’imaginaire, le ressuscite comme Jésus le fit de Lazare, d’où le titre « lève-toi et marche » donné à ce récit. Ou telle Isis rassemblant les morceaux dispersés d’Osiris, elle rappelle un passé qui fut le meurtrier de son époux. Le ressusciter par l’écriture est aussi sa manière de lui survivre.
 De même, le récit intitulé « L’Irlande » est une continuité autobiographique du second récit. Ce qui saisit le lecteur est la brièveté des phrases et l’absence de liaisons entre elles nous menant à une vision saccadée de l’être et du monde, de sa présence dans le monde et sa manière d’y exister, entre réalité et rêve.
 Les dernières pages intitulées « Après » relatent une expérience borderline. Un homme endeuillé de sa femme et de sa fille rencontre la narratrice qui partage le même destin. Le trouble advient lorsque la figure féminine représentée sur une toile vient se confondre avec celle de la narratrice. Les dernières pages représentent le fil rouge de l’ensemble du recueil. On y peut lire par exemple ces révélations : « installée devant ma table de travail, je m’abandonne à une autre réalité. Les mots me hantent, j’aime être hantée par eux. » « Chercher la fiction pour apprivoiser la réalité, la posséder au moment où elle semble perdue. » « Qui est ce moi passé sous silence orchestrant ce récit, se confondant à tous les personnages ? »
 L’ensemble du recueil peut,être reçu comme une réflexion sur le langage qui, par ailleurs, clôt le récit « la lune noircie ». Écrit au couteau, celui-ci met en scène un jeune garçon qui décide de ne pas marcher et de ne jamais prononcer le nom de ses parents jusqu’à l’âge de trois ans. Mutique, il ne se plaira qu’avec sa grand-mère maternelle. Les personnages de ce récit sont visités brièvement avec un scalpel à la main et à travers le regard de cet enfant solitaire s’enveloppant de rouge et de noir dans le mythe de « l’enfant trouvé ». Il se vit double avec ses yeux vairons. Détaché de lui-même, incapable de s’accepter et de s’adapter au monde extérieur, il pourrait être, lui aussi, une autre figure de l’écrivain.