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La Lumière de la terre

 En 2002, je rendais compte dans ce bulletin de la parution chez Arfuyen du Carnet blanc, recueil posthume de poésie française d’Alfred Kern (1919¬2001), venant après deux autres. Là, en prose et en vers, se faisaient proches de nous son enfance, son bonheur de l’amour, sa contemplation du paysage, une Alsace disparue, la menace de la mort, l’ouverture à un indicible.
 En 2007, le même éditeur nous offre un recueil de tout son oeuvre allemand, contemporain de l’autre, traduit par Jean-François Eynard : La Lumière de la terre, avec une introduction du traducteur et deux postfaces : « Pour saluer Alfred Kern » (Jean-Claude Walter) et « Alfred Kern et la langue maternelle » (Michel Fuchs).
 L’introduction nous fait découvrir l’expérience nouvelle qui est à l’origine de l’entrée en poésie de Kern après vingt-cinq ans de silence : celle du paysage, avec la « surprise d’exister » et l’effacement, qui s’accentue encore dans la poésie allemande, mais aussi avec un vocabulaire « dont les fortes connotations religieuses soulignent la dimension spirituelle de son écriture. » J.-C. Walter dessine un portrait de Kern et relie les romans à l’œuvre poétique. M. Fuchs nous permet de comprendre la raison d’être de la poésie allemande : c’était sa langue « maternelle », celle de sa mère (à qui il répondait pourtant en alsacien), source d’éclatantes découvertes. Trois langues pour un seul homme : écrivain français, lecteur d’allemand chez Gallimard ; et le dialecte, où est-il passé ? 
 La lecture nous permet de prolonger les découvertes du Carnet blanc. Est-ce le fait de la langue, avec sa sonorité et ses monosyllabes, ou bien d’une avancée, le dépouillement l’emporte davantage sur la saveur (« feu intérieur embrase / lointain désir / le contour froid / des choses / dans la lumière vraie de la terre »), la proximité de la mort se fait insistante, mais « […] / avant après / un morceau de monde / t’a précédé / te survit / le visage des sens / le poème d’une parole / ton concentré de désir // à son avancée / ni tristesse / ni nouvelle indulgence // acuité des yeux / la lumière claire / à l’ombre / de toi-même ».