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La Filiation de Dieu

 Savant, érudit, philosophe, théologien, Nicolas de Cues (diocèse de Trêves) illustra la première moitié du XV° siècle. Conseiller des papes, il participa au concile d’union de Florence (1435) et fut chargé de missions délicates qui le menèrent jusqu’à Constantinople.
 Ses œuvres théologiques, souvent négligées, connaissent depuis quelque temps une sorte de redécouverte. Leur intérêt tient au fait qu’elles témoignent de beaucoup d’ouverture d’esprit et d’un grand souci de conciliation entre les données des sciences de cette époque et la doctrine chrétienne. Elles attestent en même temps une bonne connaissance de la théologie thomiste et de la spiritualité des mystiques rhénans : Nicolas de Cues avait fait recopier l’œuvre latine de Maître Eckhart pour son usage personnel. 
 Le présent ouvrage offre la traduction d’un écrit significatif du Cusain, à savoir le De filiatione Dei. Il traite à sa façon de la filiation adoptive, qui fait de nous des fils dans le Fils. Certes, il s’agit du thème de la theôsis (« divinisation »), comme l’auteur le précise lui-même. Il est vrai aussi que le Cusain relie la filiation adoptive au thème de l’homme « image de Dieu », mais il insiste sur le rôle joué par le Verbe incarné pour le processus de la filiation divinisante. L’originalité de la démarche découle de trois données principales. Tout d’abord, Nicolas de Cues utilise la comparaison des miroirs multiples qui reflètent plus ou moins fidèlement l’image du miroir premier qui est le Fils, « image parfaite du Père », et qui participent, au nom de la filiation adoptive, des perfections divines. Ensuite le Cusain cherche à expliquer comment la multiplicité des fils adoptifs est subsumée dans l’unité du Dieu Un et dans l’unité des Personnes divines. Cette unité des fils multiples dans l’Un est possible en raison de la distinction entre filiation par nature et filiation par adoption. Enfin Nicolas de Cues insiste sur le fait que la divinisation ne relève pas de l’ordre des corps, mais de l’ordre de l’intellect et de l’esprit.
 Sachons gré à Jean Devriendt du courage qu’il a eu d’élaborer une traduction d’un texte latin souvent difficile à rendre et du soin qu’il a eu de fournir dans les notes d’utiles explications au sujet de tournures rares et souvent innovantes. Ainsi est rendu accessible un opuscule fait pour la méditation plus que pour une lecture cursive.