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L’Ouvert, l’Imprononçable

 Tu es née de la perte, ô présence 
 des disparus, tu es née de la chance
 d’un regard ouvert 
 sur le pays perdu. 
 Regarde :

  il n’y a rien
 il n’y a rien que des fragments 
 il n’y a que les heures
 brûlées, revenues par les chemins 
 de ta mémoire
 les heures, incarnées 
 des fantômes de l’avenir
 
Shékinah III 
 
Jeux de mots (je dirais plutôt jeux avec les mots), miroir de l’Histoire, miroir de la mémoire, au rythme de la vie, de la mort, histoire d’un génocide, jeux d’ombres et de lumière. Enigme des juxtapositions, mystique et musique sur le mot ouvert, sur l’inconnu. Fragilité d’un monde : 
  Le monde repose 
 sur un mot 
 manquant. 
 L’air des galaxies 
 ne peut porter 
 ni refléter
 son absence infinie...
 Galout I
 Alain Suied, peintre de l’imagnaire, de l’illusion mais aussi de la douleur emploie les mots rares : secret, subtilité de la poésie. Le lecteur flotte dans cette utopie, plaisir et envoûtement du mystère des mots, à la recherche du sens de l’inutile ou simplement laisse bruire des accents miraculeusement accordés. Monde fantastique destiné à embraser le rêve.
 La recherche, le sens poursuivis par l’auteur déroutent, provoquent une chute dans un univers de fantasmagories qui tranche avec nos sourdes incertitudes et nos angoisses.
 Où est l’être 
 Effacé
 par la question 
 est-il
 caché dans le silence 
 de la réponse ? 
 A rebours des mots
 ou dans le vide
 que dessinent
 les limites de la parole
 humaine ?... 
 Hokhma
 Rythme rapide, suggestif d’un temps qui va s’éteindre, souffle qui se suspend au mot, à la vie par delà la différence de la parole, du regard. Tableau du vide, couleurs de l’absence. Révolte et émotions tissent leurs tristesse.
 Qu’est-ce que c’est

 cette force qui nous ramène
 au passé, aux impressions 
 du désir, à l’inqualifiable
 origine ... 
 Malkhout

 Et le frêle esquif
 de la réalité
 n’était plus
 qu’une lueur
 sur l’océan de l’Inconnu. 
 L’Ouvert, l’Imprononçable I
 « L’observation et les commentaires d’un poème peuvent être profonds, singuliers ou vraisemblables, ils ne peuvent éviter de réduire à une si gnipcation et à un projet, un phénomène qui n’a d’autre raison que d’Être. La richesse d’un poème, si elle doit s’évaluer au nombre des interprétations qu’il suscite, pour les ruiner bientôt, mais en les maintenant dans nos tissus, cette mesure est acceptable. Qu’est-ce qui scintille, parle plus qu’il ne chuchote, se transmet silencieusement puis file derrière la nuit, ne laissant que le vide de l’amour » (Préface de René Char, in Poésies d’Arthur Rimbaud). 
 Musique des mots révélant le mystère, le doute, l’espoir. Poème de l’Indéterminé. « Le poème, toujours montre le chemin Mais ce geste n’est pas seulement prévision, prémonition, direction. Un simple signe sur la ligne infinie de l’horizon. »
 Une oeuvre singulière, attachante, qu’il convient de lire plusieurs fois afin de s’en pénétrer . La poésie est un genre littéraire qui demande peut-être un effort particulier. « Affronté au questionnement ultime de la Création dans le cours du Devenir... Après la vertigineuse trahison de l’homme par l’homme, de la société par la société, après l’horrible certitude que l’homme peut décider de détruire l’homme et le monde. »