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« L’oncle Éric et la beauté de vivre »

Ami de Camus qui le fit publier chez Gallimard, Jean-Paul de Dadelsen fut un adolescent habité par la beauté de la vie. L’aurore du poète alsacien illumine un recueil des éditions Arfuyen.

« Nous voulons, nous sachant forts et pleins de courage / Nous ruer dans la vie ainsi qu’en un combat / Et vers la gloire aussi, comme vers un mirage / Qui poindrait, lumineux, à notre horizon bas. » Lorsque Jean-Paul Dadelsen écrit ces lignes enthousiastes, en juillet 1929, il n’a alors que seize ans. L’adolescent était alors loin de s’imaginer combien l’avenir lui donnerait l’occasion de livrer un combat aux extraordinaires enjeux...

Car une bonne décennie plus tard, lorsque la France vacille, Jean-Paul de Dadelsen saura faire son choix. On le retrouve à Londres, auprès du Général de Gaulle, où après avoir transité par Gibraltar, il s’engage dans la Première Brigade de Parachutistes. « En comparaison, l’engagement d’un Malraux fait pâle figure », observe Gérard Pfister, créateur des éditions Arfuyen, qui publiait, en début d’année, un essai d’Évelyne Frank, Jean-Paul de Dadelsen, la sagesse d’en-bas.  

Il revient sur celui qu’il considère comme le plus grand poète alsacien de langue française, en s’intéressant à ses premiers textes miraculeusement surgis du passé. Adolescent, Dadelsen entretenait une relation privilégiée avec son oncle Éric, « l’artiste de la famille ». Ce dernier s’était rêvé chef d’orchestre menant une carrière internationale mais finira plus benoîtement directeur-adjoint de la Caisse régionale de Sécurité sociale. De 17 ans son aîné, sorte de grand frère cassant la rigidité familiale, c’est à lui que Dadelsen confia son désir d’entrer en littérature ainsi que ses premiers vers traversés d’une électrique ferveur – Péan, Jeunesse, Titan...
 C’est par le petit-fils de cet oncle que resurgit ce corpus oublié, mélange de lettres et de poèmes dont il hérita sans trop savoir qu’en faire. Le centenaire de la naissance du poète approchant, il contacta Gérard Pfister et lui fit parvenir ces papiers, afin qu’il puisse juger au mieux de la suite à donner. « À part quelques écrits sans grand intérêt, ce fonds éclairait les premiers pas d’un poète de langue française singulier, qui s’imprégna à la fois de la profondeur philosophique allemande et d’une liberté d’écriture proche de l’école anglaise. » 

De la force de cette écriture poétique, son ami Camus en fut convaincu qui, cinq ans après la mort du poète alsacien, lui permit de faire son entrée chez Gallimard. « Une édition de format particulier, plus large, pour respecter l’extrême longueur des vers de Dadelsen », commente Gérard Pfister. « C’était la première fois qu’il était publié en livre ! » Car toujours Dadelsen s’était abstenu de courtiser les éditeurs. « Henri Thomas racontait qu’il n’avait jamais poussé la porte de la NRF. » Ce recueil de Poèmes et lettres à l’oncle Éric s’enrichit de quelques éléments distincts de ce fonds précieusement conservé, mais qui renvoient tous à cette époque allant de 1929 à 1936 – année où il décroche son agrégation dans cet allemand que pourtant jamais il n’utilisa dans sa poésie, lui l’Alsacien dialectophone.

De cette époque, de ce jeune homme, témoigne un autre poète. Nathan Katz, qui lui fut présenté à Altkirch, se rappellera, bien après la mort de Dadelsen, de cet adolescent à l’irradiante énergie : « Il était jeune, grand mince. Il avait à peu près dix-sept ans. Il était beau garçon. Nous parlions littérature. Je le vois encore devant moi. Ses yeux rayonnaient dans l’enthousiasme de sa saine jeunesse. » De cette Beauté de vivre qui donne joliment son nom à ce recueil à l’incandescente spiritualité.