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L’ombre la neige

 On est seul, on va dans le monde. Rien ne vous retient, ni de vous embarquer à bord du fleuve, ni de quitter brusquement la dernière marche. Rien ne vous retient, pourtant vous restez là, cornme un passant, hébété, au milieu d’un carrefour. La question que vous vous posez alors, qu’est-ce qui fait qu’on existe, vous renvoie à SA terrible absence, ou si vous préférez à la mise entre parenthèses de LA question : « Mon Dieu je ne crois pas / Laissez-moi vous nommer comme / Un désespoir en nous nomme / Un vieux songe auquel on croit ».
 
Les beaux poèmes de Maximine touchent notre grande SEULITUDE, ils arrivent à point, ils arrivent comme autant de réponses faites par qui ne parie pas, ne parle plus. Les beaux poèmes de Maximine sont à claire-voie, laissant s’échapper tantôt un peu de chagrin, de tristesse, tantôt un sourire, un regard amoureux : « ... sa chanson la rend si belle / Que le tueur suspend son tir... »
 Qui est Maximine ? Qui parle dans son livre, à qui parle son livre, pour qui parle-t-elle ? « Que c’était pour parler de toi / Que j’ai tant parlé des étoiles » Autant d’interpellations, de désirs de savoir. Autant de raisons de nous taire, de rester passager anonyme et discret de quelques beaux poèmes. C’est beau et terrible à la fois, écrit le postfacier. Dirais-je que les petites esquisses et contre-esquisses de Maximine nous portent loin : autant de larmes, de caresses, autant de frôlements et de confidences venant de loin, d’un temps lointain, d’un pays lointain et proche : du petit jardin des morts heureux, de la forêt de l’enfance, d’une aube mal dessinée, de quelque cauchemar d’aubépine, de douleur, de neige sombre. Puis, Maximine encore touche la terre entière, prend appui sur le monde, sur le monde des vivants, elle prend appui sur l’homme, elle lui parle, lui parle d’elle : « C’est à vous qu’elle a dit je t’aime / À vous qui ne l’entendez pas » C’est à l’homme qu’elle dit, certainement, après l’amour qui d’autre aimer ? Au-delà du grenier, des étoiles, de l’or, de la lumière, de l’encrier, il y a le poème, il y a la lettre ; le poème qui vous reste entre les doigts à l’instant du réveil, et la lettre, ce don remis entre d’autres mains pour arrêter le temps, pour faire comme si rien ne s’était passé, pour faire comme si le cauchemar n’avait pas eu lieu. Tout cela, je vous demande pardon, devient littérature, banale littérature, tout cela nous éloigne de vous, de vos mots, de vos peines, de vos joies. Évitons de faire littérature, de faire philosophie, ouvrons le livre à telle page, entrons dans la fête foraine, laissons échapper le ballon rouge. Parfois dés ballons rouges vont loin, très loin...
 Christian Bobin dans la lettre-postface de L’Ombre la neige (éd. Arfuyen) invite Maximine à laisser aller ses poèmes dans le monde. Ses poèmes n’empêcheront-ils pas le monde de vouloir mourir tout de suite ? Espérer un peu moins, vouloir un peu plus ajouterait, en toute complicité, André Comte-Sponville, ce philosophe qui n’aime pas les poètes...