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Henri MESCHONNIC

L’obscur travaille

SORTIE EN LIBRAIRIE LE 12 JANVIER 2012

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n° 196, ISBN 9782845901674

9 €

Le présent recueil a été écrit durant les derniers mois de la vie de Henri Meschonnic, en grande partie à l’hôpital, alors que la maladie contre laquelle il s’était battu depuis plus de dix ans allait prendre le dessus.

Henri Meschonnic est mort le 8 avril 2009. Pour le premier anniversaire de sa disparition, en avril 2010, les Éditions Arfuyen avaient publié son recueil Demain dessus demain dessous. Un colloque avait été à cette même date organisé par l’université de Strasbourg. Rappelons que Henri Meschonnic s’était vu décerné dans cette ville en 2005 le Prix de Littérature Francophone Jean Arp pour l’ensemble de son œuvre. L’obscur travaille est son dernier recueil.

Henri Meschonnic est l’auteur d’une œuvre importante de réflexion sur la littérature, la poésie et la traduction. Essayiste et philosophe, il a donné également des textes passionnants comme les cinq volumes de Pour la poétique (1970-1978), Modernité modernité (1988) ou Spinoza poème de la pensée (2002). Auteur de Poétique du traduir (1999), il a lui-même donné d’admirables traductions des principaux livres de la Bible.

Inaugurée avec Dédicaces proverbes (Gallimard, 1972), son œuvre poétique, qui est au centre de sa démarche d’écriture, comporte seize ouvrages, dont six ont été publiés ces dix dernières années aux Éditions Arfuyen : Puisque je suis ce buisson (2001), Tout entier visage (2005), Et la terre coule (2006), De monde en monde (2009), Demain dessus demain dessous (2010) et à présent L’obscur travaille.

En ouvrant le livre ultime de Meschonnic, comment ne pas penser à L’Herbe du songe, d’Yvan Goll, écrit à l’Hôpital Civil de Strasbourg, durant sa dernière maladie : « Aux hauts-fourneaux de la douleur, / Quel minerai met-on à fondre / Nul ne le sait / Ni les esclaves du pus / Ni les sœurs de la fièvre » (trad. Claude Vigée, Arfuyen, 1988).

Tout autre est cependant, face à l’ultime, l’expérience d’Henri Meschonnic, tout autre sa parole, toujours davantage ouverte au monde, avec une sorte de jubilation, alors même qu’il sent de toutes parts s’échapper son être : « les autres me multiplient / je ne me savais pas / si différent de moi-même / autant de fois qu’ils passent / et repassent je ne sais plus / si c’est en moi devant moi / et les arbres aussi marchent / tout est tellement en mouvement / que je ne sais plus si je / suis là ou là et l’arbre / qui était parti revient / je peux enfin les tenir dans mes yeux / je suis le bruit de ces pas / sans parole je ne peux pas me taire / et je parle tous ces pas » (7-8 mai 2008). La menace a beau être là, toute proche, comme une mise en demeure, la conscience d’Henri Meschonnic ne tient pas en place : toujours en éveil, en partage, et, autour d’elle, tout est toujours en mouvement, formes fluides, tendres, comme dans un tableau de Chagall.

Le dernier poème du recueil est daté du 26 février 2009, à l’hôpital Paul-Brousse : « je n’ai rien que des jours / à t’offrir mais ensemble / ensemble / ma bouche ta bouche / dans tes mains dans mes mains / ce sont elles qui tournent / autour de l’an pas l’an / qui tourne / mais nous ensemble / la ronde de la vie ». La ronde n’en finit pas jusqu’au dernier jour, avec cette étrange allégresse de qui se donne sans rien retenir, sans rien céder. Jusqu’au dernier jour, c’est l’amour, c’est la vie qui s’étreignent dans les mots, avec un enthousiasme intact.