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L’obscur travaille

Avec L’obscur travaille sont publiés les derniers poèmes d’Henri Meschonnic, journal de bord tenu entre le 1er mars 2008 et le 26 février 2009. De brefs poèmes écrits bien souvent à l’hôpital et dans lesquels apparaît l’homme lumineux qu’était Henri Meschonnic.

Dans ces poèmes reviennent des thèmes lancinants qui soulignent la pudeur de l’homme, disent le refus de la douleur, de la mort. Ce sont avant tout des élans vers l’autre et en particulier vers la femme aimée dont la présence demeure sans cesse et avec laquelle a lieu une véritable fusion : « quand je t’attends je m’attends / tant je suis traversé / par toi et toi / et nous traversons tous les autres / c’est ainsi que je te vois / que je me vois ». L’amour s’impose comme une valeur fondamentale, la constante de la vie que le poète ne cesse de célébrer.

Avec ce sentiment, la notion d’attente est rappelée à plusieurs reprises : attente de l’autre, de la lumière, de l’aimée, attente toujours exprimée avec une sobriété qui ne voile pas l’émotion ressentie dans ces brefs poèmes : « j’attends le temps / j’ai dû l’arrêter / rien ne bouge / sauf les feuilles des arbres / j’écoute je t’attends ». Pour que cette attente soit moins prégnante, Henri Meschonnic s’efforce de s’élancer vers l’infini, vers des paysages, vers le ciel : « j’ai besoin du ciel dans mes yeux / dans mes mains dans tout mon corps », écrit le poète qui s’associe aux autres pour les devenir.

De là ce souci de se porter vers tout ce qui sollicite son regard, d’être ces autres qui l’habitent : « toutes ces têtes / que je vois / tournent dans ma tête/ le ciel aussi / est dans ma tête ». Les références au ciel, aux arbres, aux éléments représentent ces points d’ancrage auxquels Henri Meschonnic demeure fidèle. L’expression, dans ce livre, est souvent fondée sur la dualité, passage de l’un au tout, réfutation de la solitude et éloge de ce qui est différent et complémentaire, en même temps que se manifeste le désir du poète de devenir ce qu’il contemple : « je ne sais pas si c’est l’oiseau / qui s’envole / ou si c’est l’arbre / je deviens l’arbre / je deviens l’oiseau » Et jusqu’au bout Henri Meschonnic chantera l’amour et la vie, réfutant la douleur, regardant vers l’infini et donnant aux mots leur poids d’humanité si lourd dans ces poèmes écrits au quotidien.

Avec L’obscur travaille la voix d’Henri Meschonnic parvient jusqu’à nous, épurée, dense et lourde d’un sens que l’on ne peut méconnaître.