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L’obscur travaille

 À l’occasion de la sortie du dernier recueil de poèmes d’Henri Meschonnic disparut en 2009, retour sur l’œuvre du poète-traducteur.
 L’œuvre désormais close d’Henri Meschonnic, mort le 8 avril 2009, qui aurait eu 80 ans en septembre prochain, se compose de 27 livres d’essais, 7 volumes d’une traduction, hélas ! inachevée, de la Bible, et 17 recueils de poèmes. Il est l’un des théoriciens français les plus importants du XXe siècle dans deux domaines : la théorie de la traduction et la poétique, où il exerça sa redoutable intelligence avec une acuité critique qui lui valut une réputation de polémiste forcené. Réputation excessive, mais pas toujours injustifiée, dont souffrait cet homme aux manières et à la voix très douces, conférencier passionnant, dont les cours à Paris-VIII familiarisèrent des générations d’étudiants avec l’analyse de la poésie.
 Mais le cœur de cette activité théorique était la pratique constante d’une poésie d’une extrême cohérence, dont le titre du premier recueil, Dédicaces proverbes (éd. Gallimard, 1972), indique bien les deux directions essentielles : le poème de Meschonnic est toujours dédié à quelqu’un, en même temps qu’il efface la personne privée de son auteur au profit de la quête d’une voix universelle. La richesse de cette œuvre, déjà explorée en 2008 dans un numéro double de la revue Faire part (n° 22-23), est exemplairement étudiée par un passionnant dossier de la revue Europe coordonné par Serge Martin – en poésie, Serge Ritman, qui vient de publier Dédicaces poèmes, un ouvrage « écrit non pas sur, mais vers » Henri Meschonnic (éd. Atelier du Grand Tétras).
 Atteint d’un mal incurable, Meschonnic a écrit ses derniers poèmes confronté à l’énigme de la fin qui approchait, en leur demandant ferveur et lucidité : textes brefs, toujours sans titre (comme dans toute son œuvre), qui maintiennent intact l’espoir en la Vie, valeur poétique suprême à ses yeux.