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L’obscur travaille

 Meschonnic laissait entendre le sursis qui pesait sur sa vie. L’année 2008, ponctuée de multiples séjours à l’hôpital, a creusé l’espace vital de manière encore plus récurrente. Une sensibilité au présent imprègne chaque vers. Être présent à tout ce qui vit demeure le fil conducteur de ce recueil posthume dont chaque texte est scrupuleusement daté. Dans ce journal poétique, nous lisons au 1er mars 2008 : « je réponds toujours / à ce que je vois » et plus loin « je me remplis des autres ».
 Sujet phare de presque tout le recueil, ce « je » cherche à prendre appui sur ce qui l’entoure, voire à venir s’y confondre. Nulle existence de soi en dehors de celle du monde extérieur. Si la langue semble épurée et les mots simples, ceux-ci n’attestent pas pour autant une évidence du sens, car Meschonnic s’inscrit dans un « tourbillon de sens ». Cependant, l’allégresse et tout le mouvement du monde conduisent ces vers avides de la vie pour un « moi » qui n’est pas seul dans sa peau. De même, la lumière est recherchée, accueillie, et l’attente traversée de long en large.
 La poésie de Meschonnic accorde une dernière fois aux visages une place centrale tout comme à la répétition qui rejoint celle de l’existence quotidienne. Si le poète semble s’inscrire dans une certaine affirmation, la compréhension de soi et du monde n’est considérée que progressive et relève du domaine du possible.
 L’importance accordée à l’autre, à sa présence, à son attente et à sa venue est obsessionnelle au moment même où la vie devient de plus ne plus sursitaire. Le temps, l’instant, le ciel, la lumière participent à cette « mise en attente » de soi et de la vie. L’ensemble de ce recueil post mortem a été construit sous le mode de l’incantation.