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L’Horloge de Bologne

 Nous mesurons l’importance du poète florentin que fut Margherita Guidacci (1921-1992), et son œuvre nous est chère. Gérard Pfister, après avoir traduit Neurosuite, Le Vide et les formes, Le Retable d’Issenheim et Sibylles, nous offre à présent L’Horloge de Bologne (1981).
 Dans un avant-propos, Margherita Guidacci nous rappelle les circonstances : lors de l’effroyable attentat de la gare de Bologne en 1980, les aiguilles de l’horloge se sont arrêtées ; la neige tombant quelques semaines plus tard sur les toits de la ville, le Jour des morts, lui a donné le désir de composer – en suivant une suggestion de Joyce – un Requiem pour les victimes.
 Certaines parties de celui-ci sont bâties sur le modèle des Ténèbres de la Semaine sainte, avec leurs références christologiques et plus largement bibliques. Les premiers poèmes et la « Prière du prophète inconnu » sont beaux, avec leur rythme ample, leur émotion contenue, leur compassion pour les victimes et les survivants qui n’efface pas celle que l’on peut ressentir à l’égard du meurtrier (Caïn), leurs images fortes et souvent neuves. La traduction, faute de pouvoir reproduire le nombre et les jeux d’assonances de l’italien, rend bien ces affects et ces images.
 Le style hiératique de Guidacci révèle son pouvoir en particulier dans les « Lamentations du prophète sans nom » et les « Ultimes échecs ». Et c’est ce ton, avant tout, qui frappe car, dans cette partie où les imprécations se font insistantes, on trouve des images un peu plus attendues ; le contrepoint avec la Passion est très marqué. Le dernier mot est celui-ci : « Brise ce cœur de pierre, donne-nous un cœur de chair », référence implicite à Ez 11, 19. 
 Un bon texte de Pierre Dhainaut, « La soif et la source », avec d’admirables citations, achève ce volume ; il avait été préparé pour un hommage rendu à Margherita Guidacci et dont il est fait ici mémoire.