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L’espérance réécrite

 Les 6es Rencontres européennes de Littérature organisées par l’Association Capitale Européenne des Littératures (l’ACEL, animée par Gérard Pfister) en association avec l’Université de Strasbourg (avec le soutien de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg) ont mis tout particulièrement à l’honneur l’œuvre du poète britannique Tony Harrison et de l’écrivaine québécoise Denise Desautels, consacrée respectivement par le Prix européen de Littérature et le Prix de Littérature francophone Jean Arp. [...]
  Les manèges dont on ne guérit pas
 Prix de Littérature francophone Jean Arp, Denise Desautels (membre de l’Académie des Lettres du Québec) fait depuis Miroirs en feuilles (éditions du Noroît, 1975) œuvre poétique autant qu’œuvre de discrétion et de rébellion à l’abîme : « D’habitude les yeux portent / Même lourds / Qui sommes-nous / De dos, sans miracle // Les arbres aujourd’hui n’existent quasiment plus // La pierre seule, masse vert vif / Les bras / Et le cuivre qui gît par terre / Bloc vivant de désir ou de désordre // Visages aveugles / Au ras du sol, crevés / Leur immensité pleurant, bruissant »
 Née à Montréal en 1945, elle est révélée, après quelques années d’enseignement, avec son troisième ouvrage, La promeneuse et l’oiseau (Noroît, 1980) et donne, parallèlement à sa poésie, des dramatiques radiophoniques diffusées sur les radios francophones – tout ce qui tient au temps et à l’angoisse d’écrire « contre l’épuisement de ses doutes »...
 Sa poésie d’une haute exigence dans sa marche à l’étoile dit « ce qu’on laisse de soi à la frontière / ce que l’aurore, sans rien trahir, recueille », ce que « le vertige éloigne / avec ce cri qu’on ne pousse pas » – et ce passage d’ombre qu’est toute vie... « Bleu janvier / Dur comme un cri / Tu en as plein la gorge / Des manèges dont on ne guérit pas. » Une écriture sans masque ni leurre « en chute libre » qui n’attend rien et qui dit avec la grâce tranchante d’un diamant contre la vitre l’attente infinie d’une vie jetée au monde, contre – tout contre l’infini...