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L’Âme seule avec Dieu seul

 Les Editions Arfuyen dont on connaît la qualité des publications dans le registre poétique et spirituel viennent de lancer une collection, destinée a taire redécouvrir la grande littérature religieuse,de langue française en premier lieu. Cette collection, inti !ulée Les Carnets spiritue !s, nous donne à lire des auteurs fort méconnus ou totalement oubliés des XVII`, CV’ !II et \IXe siècles et ncus remet en ménioire :lmportance, dans la traditien chrétieniie, du directeur spirituel, du rapport de maitre à disciple qui n’est pas seulement la caractéristique des voies orientales.
 Ainsi de l’abbé Baudrand, jésuite, qui pendant vingt ans fut directeur spirituel au collège d’Aix-en Provence puis se retira à Lyon où il fit paraître, en 1765, sans nom d’auteur, L’Âme élevée à Dieu, qui connut un très grand succès. Oui, les temps ont changé ! Suivront d’autres ouvrages,
dont L’Âme seule avec Dieu seul, publié en 1776.
 Le texte commence avec force et majesté : "Si la dissipation et les objets extérieurs n’entraînaient pas notre âme, elle aurait une pente naturelle à la retraite et à la solitude ; elle aimerait à rentrer en elle-même, pour y trouver le repos et la paix : aussi, quand elle se prête à cette aimable solitude, elle y trouve des attraits auxquels elle ne peut se retuser."
 Et le directeur spirituel continue, en déclinant les "précieux avantages de la solitude’’, propice au salut de l’âme : "Donnez tous vos soins à l’unique chose qui vous accompagnera après votre mort ; détachez-vous de ce monde qui va vous quitter." Il s’agit bien de discerner l’essentiel au sein d’une existence précaire, de chercher de s’efforcer, de prier et de pleurer. Et le ton d el’abbé, tout nourri d ela Bible et d e sgrands auteurs chrétiens, se met à gronder et à invectiver : "On voudrait servir Dieu mais on ne voudrait pas rompre avec le monde (...) On e ménage avec l’un et l’autre." Ou encore : "Enfants des hommes, jusques à quand aimerez-vous le prestige de la vanité ? Jusques à quand vous verra-t-on courir après l’illusion du mensonge ?"
 La parole devient auSsi lyrique, ardente, une reconnaissance éperdue d’amour : "Que je vous aime donc à jamais, ô Dieu d’amour : Vous êtes Par excellence le Dieu de la paix ; ce n’est que dans vous et dans votre saint service qu’on peut la trouver."
 Mais l’abbé Baudrand n’oublie jamais son rôle de directeur spirituel et sait donner des conseils avisés, raffermir les volontés, inviter ä des moments de méditation. L’enjeu n’est-il pas grandiose ? "Qui êtes-vous ? je suis chrétien. D’où venez-vous ? Du sein de Dieu. Où allez-vous ? A l’éternité." Ce court et dense ouvrage ne cesse de nous rappeler le "soin de notre intérieur"  : "Ne nous manquons pas à nous-mêmes..."
 L’Âme seule avec Dieu seul
illustre, en une langue magnifique, ce que Gérard Pfister, directeur littéraire, assure par cette nouvelle collection : les textes religieux des siècles passés s’avèrent beaucoup plus libres et bien plus actuels que les textes profanes d e al m^mùe époque.