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L’Allemagne en éclats

 Les Grands Prix de Littérature 2009 ont été remis à l’Hôtel de Ville de Strasbourg. Attribué chaque année sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et parrainé par la Ville de Strasbourg, le Prix européen de Littérature distingue, pour l’ensemble de son œuvre, le dramaturge, cinéaste, metteur en scène et romancier allemand Tankred Dorst. Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp distingue la poétesse luxembourgeoise Anise Koltz pour son premier ouvrage en prose, La Lune noircie. Le Prix du Patrimoine Nathan Katz distingue à titre posthume Gustav Stoskopf (cf. Les Affiches-Moniteur n°24 du 24 mars) pour Quand j’étais gosse et autres petites histoires alsaciennes, traduit de l’alsacien par Noctuel.
 L’œuvre romanesque du munichois Tankred Dorst, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, est encore inconnue en France. Le Voyage à Stettin (Die Reise nach Stettin, 1984) est traduit, un quart de siècle après sa parution originelle, par Hélène Mauler et René Zahnd, dont le travail a été distingué par la Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature. Le roman s’inscrit dans une veine autobiographique : en 1941, le jeune Dorst est renvoyé au bout de trois jours d’un stage d’instruction de marine des Jeunesses hitlériennes parce qu’il avait... lu pendant qu’il montait la garde. 
 Versé à dix-huit ans dans les effectifs de la Wehrmacht, il est fait prisonnier en 1944 et entame une longue détention en Angleterre puis aux États-Unis, qu’il met à profit pour faire connaissance avec la littérature allemande qui lui était jusqu’alors inconnue (dont la Montagne magique, découverte en creusant une galerie sous une maison...), avant de revenir au pays à l’automne 1947 : « Lorsque je suis rentré en Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus il n’y aurait de lumière aux fenêtres »...
 Après des études supérieures sans conviction à Bamberg et Munich, il fonde en 1953 « Das kleine Spiel », un Théâtre de marionnettes, et travaille pour le cinéma, la télévision, l’édition ou la radio. Sa première pièce, Die Kurve, est créée en 1960 à Lùbeck. Depuis, son œuvre théâtrale, imposée notamment par Patrice Chéreau (Toller, 1970) et jouée à travers l’Europe, interroge l’échec des utopies éprises d’absolu.