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L’ailleurs retenu en soi

 « Que peut la poésie ? », se demandent les poètes. Mettre en mouvement la machinerie du langage et lui insuffler de l’esprit ? Alain Maumejean a vécu de féconds dilettantismes dont parfois il fit métier (l’enseignement du tennis) et de déterminantes intuitions – dont celles d’Hölderlin et des Gnostiques.
 Installé depuis trente ans dans le Gard, le poète laisse couler en lui la musique du monde’ et confesse en pages vibrantes d’incertitude « ce murmure de nous dire encore là », l’instant de « s’approcher de l’indifférence que l’on éprouve pour soi-même dès que penser se soumet à son terme » après la mort d’un ami, le « faux semblant d’une inutile ferveur », le « fardeau de monotonie » et l’acceptation de « mourir comme il a fallu naître : comme un rien ». Quand vivre se fait « attendre et demeurer », quand « les murs se resserrent sur l’illusion de vie » (après tout, eux aussi attendent...) et qu’écrire reconduit à l’enfermement, comment « taire ce dont je ne puis rien dire » ?
 En pièces de vers ou de prose qui se cabre, Alain Maumejean porte à l’incandescence (serait-ce en combinaisons glaçantes) sa participation d’existant au monde : « II n’est pas de mot pour le dire, voilà désespérément murmurée l’antériorité de l’horreur sur le verbe »... Si la vie du poète ou son angoisse de se savoir mortel ne créent pas le poème, elles se font œuvre vive, dans la tension vers la forme et sa fixation dans le chant des possibles, en cette Apologie du silence qui, de l’auteur à son lecteur, « est ce qu’ensemble nous disons »...